« Les enfants comme les personnes âgées sont des patients vulnérables »

Tribune. L’année 2021 a été celle d’une réforme sans précédent du financement des urgences hospitalières, première étape de la réforme plus générale du financement des hôpitaux devenue indispensable. Cette réforme, mise en œuvre progressivement depuis le 1er janvier, sera totalement effective au 1er janvier 2022. Menée en concertation avec différents acteurs des urgences adultes, elle a pourtant été conduite sans aucun pédiatre et notamment ceux spécialisés dans les urgences de l’enfant.

Pour mémoire, chaque année les urgences hospitalières prennent en charge plus de 21 millions de passages en France dont 30 % concernent les moins de 18 ans, soit plus de 6 millions d’enfants et adolescents. La moitié de ces enfants sont pris en charge dans des services spécialisés d’urgences pédiatriques.

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Le budget global du financement des urgences est proche de 5,5 milliards d’euros. Cette réforme modifie de façon radicale ce financement. Le côté positif est l’abandon partiel d’un financement qui était uniquement basé sur l’activité, un meilleur financement de la prise en charge des patients les plus âgés et l’instauration d’un forfait patient-urgence de 18 euros évitant que des patients, consultant aux urgences sans couverture de santé complète, ne reçoivent des factures atteignant parfois des centaines d’euros.

Mieux financer la prise en charge du troisième âge

Le côté négatif : 60 % du financement, indépendant de l’activité, seront répartis entre les centres hospitaliers avec des critères qui restent obscurs et arbitrés auprès de chaque ARS (Agence régionale de santé). Près de 40 % du financement, dépendant de l’activité, sera établi à partir d’un « tarif de base » indexé sur l’âge. Les tarifs décidés sont de 27,90 euros pour les soins à des enfants de moins de 16 ans, 35,74 euros pour des soins à des patients de 16 à 44 ans, 41,73 euros pour des soins à des patients de 45 à 74 ans et 50,02 euros si le patient a 75 ans ou plus. Les soins effectués aux plus jeunes coûteraient moins cher que des soins équivalents effectués aux plus âgés. En d’autres termes, à sévérité égale, une consultation pour une fièvre, un traumatisme aigu ou un problème respiratoire chez un patient de 52 ans donnera une contrepartie financière 50 % plus élevée que pour un enfant de 3 ans.

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A ce stade de la réforme, le décalage avec la réalité est majeur et pénalise durement et injustement les équipes qui prennent en charge des enfants. Peut-on imaginer que la réalisation d’une prise de sang, d’une suture, d’un plâtre ou d’un aérosol se fasse aussi facilement à un enfant de moins de 5 ans qu’à un adulte ? Il est facile de se rendre compte qu’à acte égal les besoins en personnel sont plus importants pour les jeunes enfants. A ce tarif de base s’associent des coefficients modificateurs qui, là encore, pénalisent les soins prodigués aux enfants, avec par exemple des suppléments pour la biologie moindres pour les moins de 16 ans.

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