Les entreprises déplorent le cercle vicieux de l’envolée du prix du CO2

Des réservoirs de stockage de CO2, à Wuhu, dans la province de l’Anhui, en Chine, le 11 septembre 2019.

Les entreprises très émettrices de CO2 pourront-elles appliquer les nouvelles normes de Bruxelles, sans compromettre une compétitivité souvent plus faible que celle de leurs concurrentes asiatiques ? Lancé en 2005, année d’entrée en vigueur du protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre signé en 1997, le marché européen des quotas de CO2, dit « ETS » (Emissions Trading System), est devenu plus mature. Et plus exigeant pour l’industrie lourde, la production d’électricité et le transport aérien intra-européen, qui pèsent 40 % des émissions du Vieux Continent.

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En 2018, la perspective d’une réduction des quotas avait fait décoller le prix du CO2, qui fluctuait, depuis le début de la décennie, entre 3 et 8 euros la tonne. Il a atteint 30 euros, début 2019. Mais, depuis le début de l’année, sidérurgistes, cimentiers, groupes chimiques, papetiers ou producteurs d’engrais, soit 12 000 installations entrant dans le système ETS, ont encaissé son doublement, à 60 euros la tonne cet été. Ce qui a permis aux Etats membres de l’Union européenne (UE) de percevoir 11 milliards d’euros supplémentaires entre janvier et août 2021, selon la Commission européenne.

Une hausse à double tranchant

Le gouvernement est démuni pour amortir ce choc et, au-delà, l’envolée des tarifs de l’électricité et du gaz. Barbara Pompili et Agnès Pannier-Runacher, ministres de la transition écologique et de l’industrie, ont réuni, mardi 19 octobre, les responsables des secteurs « énergo-intensifs ». Outre une baisse de la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité (TICFE) déjà actée (200 millions d’euros prévus), le gouvernement envisage d’avancer à 2022 (et non plus avec un décalage d’une année) le versement de l’aide prévue dans le cadre du mécanisme de compensation des coûts indirects du carbone. Les électro-intensifs (aluminium, électrométallurgie, chimie lourde…) en bénéficient depuis 2016, notamment pour les dissuader de délocaliser leurs productions dans les régions du monde où le prix du carbone est faible ou inexistant.

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Le surcoût du CO2 ne compte que pour 20 % dans la flambée actuelle des prix de l’électricité, a assuré le vice-président de la Commission chargé du climat, Frans Timmermans. Mais la pression des politiques climatiques, la fin de la gratuité d’une partie des quotas et la réduction de leur nombre vont les renchérir. Et cette hausse est à double tranchant, soulignent les industriels : elle incite bien à investir dans de nouveaux équipements, comme les fours électriques des aciéries fonctionnant grâce à une électricité renouvelable ou nucléaire, ou le captage-stockage du CO2. Mais un coût excessif du carbone rogne la compétitivité, les marges, l’innovation et, pour finir, la capacité à « verdir » les usines.

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