Les entreprises face au risque d’un système à deux vitesses, entre les télétravailleurs et les autres

Un employé en télétravail à Vertou (Loire-Atlantique), près de Nantes, en mai 2020.

En cette rentrée, DRH et manageurs ont du pain sur la planche. « Clairement, le défi est de recréer le collectif de travail », assure Audrey Richard, présidente de l’Association nationale des DRH (ANDRH). La crise sanitaire a fait des dégâts et, notamment, « le télétravail qui a exacerbé les inégalités entre cols bleus et cols blancs », constate Aurélie Leclercq-Vandelannoitte, chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et professeure de management à l’Ieseg.

Une étude réalisée par l’Insee dès la première année de Covid-19 établissait que plus de 57 % des cadres, 28 % des professions intermédiaires, près de 21 % des employés et 1,5 % des ouvriers étaient, en mai 2020, en télétravail complet.

Mais Florence Cauvet, DRH de Sanofi France, récuse cette dichotomie : « Le fait de pouvoir télétravailler n’est pas lié à un statut, mais à un métier. » « Avant la crise, le télétravail était déployé de façon très inégale et concernait surtout les cadres et l’Ile-de-France, note Anne-Sophie Godon, directrice innovation de Malakoff Humanis. Aujourd’hui, il s’est démocratisé et touche notamment les non-cadres en régions. »

Deux vitesses

Quoi qu’il en soit, le risque est de créer un système à deux vitesses, entre les télétravailleurs et les autres. En effet, la situation « exceptionnelle » durant la crise va désormais perdurer.

Les entreprises penchent dans leur grande majorité pour une formule hybride. L’ANDRH conseille aux entreprises d’opter pour deux jours par semaine en télétravail et trois jours sur site « pour justement maintenir le collectif », précise Audrey Richard.

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Salariés et directions ont conscience du problème. Ainsi, selon le Baromètre annuel Télétravail 2021 de Malakoff Humanis, 60 % des salariés et 42 % des dirigeants interrogés s’accordent à dire que le télétravail risque de créer de nouvelles fractures au sein de l’entreprise entre ceux qui peuvent télétravailler et ceux dont les fonctions ne le permettent pas. Or, note Anne-Sophie Godon, « le besoin d’équité est très fort ».

« Pour surmonter ce risque, il est fondamental de rappeler que le télétravail n’est ni un droit ni une obligation, ce que précisent 90 % des accords de télétravail, explique Bruno Mettling, président fondateur du cabinet Topics et ancien DRH d’Orange. Il s’agit simplement d’une modalité d’organisation du travail. »

Une modalité sur laquelle certains essaient de surfer. Ainsi, Pierre & Vacances (résidences de tourisme) tente de donner au travail à distance les apparences d’une situation privilégiée en proposant aux télétravailleurs « des résidences partout en France avec piscines, des hébergements tout équipés avec vues imprenables… », détaille un communiqué de presse du 16 juin. Un « privilège » dont tous les salariés ne pourront pas bénéficier

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