« Les établissements d’enseignement supérieur doivent être réellement autonomes et responsables »

Tribune. Les courbes parlent d’elles-mêmes. Le nombre total de publications scientifiques françaises par an, qui était passé en 2015 au-dessous de celui de l’Italie et, en 2018, au-dessous de celui de la Corée du Sud, nous plaçant alors en neuvième position, sera rejoint et probablement dépassé par l’Australie, l’Espagne et le Canada, dès que les chiffres de 2020 seront consolidés.

Il ne s’agit plus là du grand bouleversement mondial induit par l’émergence de la Chine et de l’Inde, mais d’un déclassement au sein même des pays scientifiques installés, y compris européens. Ce n’est pas une affaire d’amour-propre, c’est une question de souveraineté, de vitalité, de capacité à comprendre le monde et à faire face aux enjeux globaux tels que le changement climatique ou les pandémies. Bref, une question de vie quotidienne et d’avenir pour tous les citoyens.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Enseignement supérieur : « La valorisation de la recherche doit être remise en haut de l’agenda politique et scientifique »

On peut bien sûr relativiser et tenter de se rassurer en rappelant que le nombre des publications compte beaucoup moins que leur fiabilité, leur qualité et leur originalité, et se consoler en avançant quelques succès récents dignes de notre glorieux passé. Il n’empêche, le coup est rude, et nous ferions bien de chercher à comprendre ce qui nous arrive pendant qu’il est encore temps. Les Etats-Unis et la Chine n’attendront pas et, si nous voulons que l’Europe soit le vecteur de nos ambitions collectives, encore faut-il y tenir notre rang pour pouvoir peser.

Bien meilleures performances à l’étranger

Il est tentant, pour toute explication, de se lamenter sur le manque de moyens. Il est vrai que les Allemands financent leurs universités, leur recherche et leur recherche et développement plus généreusement que nous, que cela explique en partie leur performance désormais bien supérieure à la nôtre, et que la loi de programmation de la recherche permet de commencer à combler l’écart. Mais quid de l’Australie, du Canada, de l’Italie, de l’Espagne ? Comment ces pays ont-ils réussi à réformer leur appareil de formation et de recherche, à focaliser leurs efforts, dans des contextes budgétaires parfois encore plus contraints que le nôtre ? Comment ont-ils réussi à créer ou à recréer de la confiance chez leurs chercheurs, à encourager l’audace et l’initiative, à établir une connexion fructueuse entre recherche, industrie et société ?

« L’Etat doit se concentrer sur la stratégie nationale, déployer les grands objectifs d’intérêt public et appuyer l’action des établissements »

On invoquera ensuite notre histoire institutionnelle compliquée, nos mille-feuilles administratifs, nos dérives bureaucratiques. Pourtant, notre paysage a été pour partie rationalisé et simplifié, les querelles de clocher entre universités, grandes écoles et organismes de recherche ont commencé à refluer, laissant la place à des stratégies d’alliance innovantes et efficaces. Celles-ci ont permis au cours de la dernière décennie à de vraies grandes universités de recherche, à Paris et en région, de se constituer, sans étouffer des initiatives à plus petite échelle de quantité d’établissements innovants.

Il vous reste 36.22% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.