« Les Fantasmes » : un catalogue pudibond de tendances sexuelles plus ou moins curieuses

Marie (Carole Bouquet) et Sabrina (Monica Bellucci) dans « Les Fantasmes », de David et Stéphane Foenkinos.

L’AVIS DU « MONDE » – ON PEUT ÉVITER

Après la fable sur le vieillissement (Jalouse, 2017), les frères David et Stéphane Foenkinos s’attaquent au film à sketchs, genre qui fut en vogue et prolifique au moment de l’âge d’or du cinéma italien et de la Nouvelle Vague, qui, à partir d’un thème donné (Les Sept Péchés capitaux et ses deux versions de 1952 et 1962), offrait un portrait en coupe d’une société, une satire sur les mœurs d’une époque. Réactivant le genre, Les Fantasmes se décline comme un catalogue de tendances sexuelles plus ou moins curieuses : sorophilie (être excité par la sœur de sa compagne), ludophilie (par le jeu), dacryphilie (par les larmes), thanatophilie (par la mort), hypophilie (par l’idée de ne pas faire l’amour).

Forme aseptisée

Servi par un casting varié et somme toute audacieux (Monica Bellucci et Carole Bouquet en couple de lesbiennes thanatophiles), le film promet, sur le papier, une grande fantaisie scénaristique et une liberté de ton à la hauteur de son sujet qui, hélas, se fait attendre. C’est que les frères Foenkinos s’en tiennent à la surface, sans doute dans l’espoir de séduire le grand public, et pourtant ambitionnent d’explorer les recoins sombres de la sexualité humaine. Comment dire quelque chose de consistant sur le sujet à l’intérieur d’une forme aseptisée et formatée pour un passage en première partie de soirée à la télévision ? Impossible de faire du « sale » quand on est tenu au « propre ».

Brimée par des exigences contradictoires, la fiction peine à déborder et le film réussit l’exploit d’éluder son sujet d’un bout à l’autre tout en se donnant des airs de farce morale et grinçante. Croyant battre en brèche le puritanisme (le dernier sketch, avec Karin Viard), le résultat s’apparente finalement à une adaptation pudibonde des rapports Kinsey sur la sexualité.

Film français de David et Stéphane Foenkinos. Avec Nicolas Bedos, Karin Viard, Céline Sallette, Ramzy Bedia (1 h 42).