« Les femmes italiennes sont toutes des Miss ! », sur Histoire TV : des dames sur un plateau

Gina Lollobrigida fut l’une des premières reines de beauté italiennes à faire carrière au cinéma (ici sur le tournage de « Vénus impériale », de Jean Delannoy, en 1962-1963).

HISTOIRE TV – VENDREDI 29 OCTOBRE À 20 H 50 – DOCUMENTAIRE

Depuis huit décennies, le concours national de beauté Miss Italia retransmis à la télévision italienne, que ce soit sur la RAI ou des chaînes privées, est une affaire sérieuse. Il y est question d’audiences élevées, de polémiques, de plans de carrière, d’évolutions de styles. Et surtout de l’image de la femme dans une société pétrie de contradictions.

Avec un brin d’ironie et beaucoup de méticulosité, s’appuyant sur d’épatantes archives filmées, Roberto Garzelli a construit ce documentaire qui, à travers les nombreux concours mettant en scène des jeunes beautés sur les scènes du pays mais aussi le rôle qui leur est dévolu dans certaines émissions de divertissement à la télévision, se révèle être une passionnante histoire sociétale de l’Italie moderne.

Dans les années 1940, être une Miss, c’est obtenir le passeport pour une carrière devant les caméras

En 1939, un concours photo organisé par un publicitaire et intitulé 5 000 lires pour un sourire fait sensation. A l’époque, il n’est question de juger que le sourire de ces dames, pas leurs corps. C’est dans l’immédiat après-guerre que tout commence vraiment avec la naissance du concours Miss Italia. Le sourire ne suffit plus, on juge désormais les formes qui, à la fin des années 1940, se doivent d’être généreuses. Les candidates se soumettent à un examen anthropométrique : 90 (poitrine)-60 (taille)-90 (hanches). Le jury, évidemment, est entièrement masculin.

Les premières reines de beauté apparaissent : Lucia Bose, Gina Lollobrigida, Sophia Loren ou Silvana Mangano défilent en bikini avant de se lancer au cinéma. Car à l’époque, être une Miss, c’est obtenir le passeport pour une carrière devant les caméras.

Jolies potiches

Au fil du temps, les choses évoluent. Dans l’Italie bigote et conservatrice des années 1950, l’Eglise condamne le scandaleux bikini. Pour les candidates, place au maillot une pièce. En 1954 naît la télévision publique. Et rapidement, d’anciennes Miss apparaissent sur le plateau de Quitte ou double, jeu télévisé très populaire. Leur rôle ? Sourire et apporter les enveloppes à l’animateur !

Surnommées valetta (féminin de « valet »), ces jolies potiches peu bavardes sont remplacées à la fin des années 1980 par les veline (transparentes comme le papier vélin…). Sur les chaînes de Silvio Berlusconi, ces jeunes femmes, souvent filmées « face B » avec gros plan sur les fesses, ont la même fonction : apporter les dépêches d’infos aux présentateurs. De quoi faire hurler. « Nous avons converti notre culture à l’esthétique d’un club de strip-tease », résume Lorella Zanardo, autrice du livre Il Corpo delle donne (« le corps des femmes ») devenu un documentaire pour la télévision italienne.

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Au fil de ce voyage italien, on découvre l’apparition, à la fin des années 1960, de nouveaux concours ahurissants : Miss type italien (!), Miss jambes, Miss vendeuse idéale, Miss automobile internationale, Miss minijupe… Certaines élues sont récompensées avec une machine à coudre ou à laver. Après le concours, la lauréate est priée de rentrer sagement au foyer !

Si les critiques se font de plus en plus nombreuses dans une société où les mouvements féministes prennent de l’ampleur à partir des années 1970, beaucoup de jeunes filles continuent de rêver à un titre de Miss, dans un pays où le taux de chômage des jeunes femmes est élevé. La popularité du concours Miss Italia ne se dément pas. Après des années de diffusion sur les chaînes privées de Berlusconi, le concours revient sur la RAI en 1995. L’année suivante, avec l’élection mouvementée de Denny Mendez, première Miss Italia de couleur, l’audience bat des records avec 14 millions de téléspectateurs.

Les femmes italiennes sont toutes des Miss !, documentaire de Roberto Garzelli (It.-Fr., 2020, 52 min). Disponible en replay sur Histoire TV.