« Les femmes se taisent, car elles craignent les représailles des collègues et celles de la direction » : à la RATP, les violences sexistes persistent

Blagues sexistes, gestes déplacés… « C’est comme ça à la RATP, faut faire avec », avait répondu une responsable ressources humaines (RH) à Camille (prénom modifié), agent de station de métro, qui s’en plaignait. Camille n’a pas pu faire avec les « ça va, mes petites pétasses ? », les « voilà mon harem », etc. que prononçait son chef. « Les femmes en rigolaient », se souvient-elle. Pas elle. Engagée à la RATP en mars 2016, elle ne dit rien, étant en période probatoire.

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Jusqu’à la blague de trop, en octobre 2016. « Alors que j’étais au téléphone, il tente de se coller à moi par-derrière en mimant un acte sexuel », raconte la jeune femme. Elle en parle à sa responsable RH. Le chef, recadré, modifie un temps son comportement, mais reprend rapidement ses anciennes habitudes. Commence alors les représailles. Camille apprend que certains de ses collègues menacent de s’en prendre physiquement à elle. Son chef prend l’habitude de l’informer tardivement de son planning du lendemain.

La jeune femme sera mutée en février 2017, perdant des primes au passage. Mais elle côtoie toujours son harceleur. En novembre 2017, le service RH lui conseille de se mettre en arrêt maladie. A son retour, elle est mutée, mais elle le croise encore et toujours. Ses arrêts maladie se succèdent, la pression de la direction se fait plus intense pour qu’elle revienne, sous peine de perdre ses indemnités.

L’enquête interne conclut à des « manquements professionnels » de son chef, mais pas à du harcèlement sexuel

Mercredi 20 octobre, soutenue par le syndicat Solidaires RATP, l’agente, qui n’a pas pu reprendre le travail depuis juin 2019, demandera au Conseil des prud’hommes de Paris la résiliation judiciaire de son contrat de travail aux torts de l’employeur et la condamnation de la RATP pour « violation de son obligation de sécurité », « harcèlement sexuel et moral » et « discrimination ». Il aura en effet fallu attendre 2019, quand Camille alerte Catherine Guillouard, la patronne de la RATP, pour qu’une enquête interne soit enfin engagée. A l’initiative de Solidaires RATP, un rassemblement de soutien aura lieu le jour de l’audience à l’appel également des syndicats SUD Rail et la CGT du centre bus Flandre, à Pantin (Seine-Saint-Denis).

L’enquête interne conclut à des « manquements professionnels » de son chef, mais pas à du harcèlement sexuel. Le chef ne passera en conseil de discipline qu’en juin 2020, et sort avec une sanction d’un mois de mise à pied sans solde. De son côté, l’enquête de l’inspection du travail, en mars 2021, qualifie bien les faits de harcèlement sexuel. L’inspecteur relève également l’existence d’un « harcèlement sexuel d’ambiance », qui expose le collectif à des propos et blagues obscènes. La défenseure des droits constate pour sa part « que l’employeur a manqué à son obligation de prévention et de sécurité ».

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