Les filles du docteur March, quatre « petites femmes » à contre-vent

Les actrices Florence Pugh, Saoirse Ronan et Emma Watson dans « Les Filles du docteur March » (2019), de Greta Gerwig.

CANAL+ – MARDI 12 OCTOBRE À 21 H 10 – FILM

Il n’y a que dans les pays francophones que Meg, Jo, Beth et Amy sont Les Quatre Filles du docteur March, titre de l’étonnante, imposante et charmante version du roman de Louisa May Alcott (paru en 1868), signée Greta Gerwig. Ailleurs, ce sont de « petites femmes » (le titre original, Little Women, a été traduit littéralement en espagnol, italien ou allemand), des adolescentes, en un temps où cette catégorie n’existait pas.

La réalisatrice et scénariste américaine a voulu, et a su faire d’un classique de la littérature enfantine du XIXe siècle un manifeste féministe à l’usage des filles et des garçons du XXIe. Elle ne perd pour autant jamais de vue qu’il s’agit de fiction, une fiction dont elle raconte aussi la gestation, dès les premières séquences, abolissant la distance entre l’autrice du roman et son personnage.

Jo March (Saoirse Ronan), trois ans après la fin de la guerre de Sécession (en avril 1865), vivote à New York. Elle espère vivre mieux en convainquant les éditeurs de magazines de publier ses nouvelles. Parmi eux, Tracy Letts, coutumière des rôles d’autorité, incarne le discours dominant en ces années d’après-guerre : il faut à la fois distraire, voire émoustiller, tout en se gardant de bousculer la bienséance.

Romance asymétrique

De ce combat inégal, Jo se sort avec les honneurs : son texte sera publié, les quelques dollars qu’il lui rapportera serviront à soutenir sa famille qui vit toujours chichement, malgré le retour de guerre du docteur March (docteur en théologie, pas en médecine, d’où le dénuement). Elle a à peine le temps de faire la connaissance du professeur Bhaer (Louis Garrel), exotique intellectuel, que le film embarque pour Paris, où Amy (Florence Pugh) prend des cours de peinture sous le chaperonnage d’une tante dictatoriale (Meryl Streep), avant de revenir dans le Massachusetts, où Meg, l’aînée (Emma Watson), n’en finit pas de faire son deuil de ses rêves de jeunesse pendant que Beth (Eliza Scanlen) dépérit des suites de la scarlatine.

Greta Gerwig imprime à son film une gravité qui transparaît en filigrane, même aux moments les plus euphoriques, comme ce bal provincial qui devrait marquer les débuts en société de Meg pour être en définitive l’occasion de la rencontre entre Jo et Laurie (Timothée Chalamet). De cette romance asymétrique entre un garçon au nom de fille et une fille au nom de garçon, on peut faire une idylle enfantine. La réalisatrice en fait une initiation qui met à l’épreuve aussi bien le désir d’indépendance de la jeune fille que la sensualité du garçon.

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