Les films à voir cette semaine au cinéma : « Atarrabi & Mikelats », « Chers camarades » , « Un triomphe », « D’amour et de désir »

« Chers camarades » : un film russe d’Andreï Kontchalovski, 2021.

LA LISTE DE LA MATINALE

Des courts-métrages africains enlevés, un dessin animé nippon mélancolique, une fable politique basque, un regard russe sur le soviétisme, une parabole parisienne sur des taulards qui montent sur scène, une histoire d’amour courtois à l’envers en milieu étudiant : un arc-en-ciel d’expériences et de sensations vous attend cette semaine au cinéma.

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« Atarrabi & Mikelats » : diablerie au pays basque

Le film s’ouvre sur un paysage ingrat (la côte basque peuplée de touristes) pour s’en éloigner et rejoindre la nature verdoyante – sacralisée et sans doute pas éternelle, nous suggère l’image pastorale. Avec ses menus effets spéciaux, le film nous transporte dans la grotte d’un diable, pareille à une cave de DJ.

Mari est la mère de deux jeunes garçons, Atarrabi et Mikelats (Saia Hiriart et Lukas Hiriart, également frères dans la vie), des faux jumeaux issus d’une union avec un mortel. N’ayant pas la fibre maternelle, elle décide de confier leur éducation au diable – le tout est expédié en quelques secondes, et l’on ne saura rien du quotidien des enfants.

Devenus de jeunes adultes (aux boucles brunes pasoliniennes), les deux frères prennent des chemins opposés. Atarrabi quitte l’antre du diable, mais celui-ci lui vole son ombre, ce qui empêche le jeune homme de recevoir la lumière (la grâce) et de se faire ordonner prêtre. Bon diable, Atarrabi cherche à s’accommoder de son triste sort, mais peine à trouver un sens à sa vie. De son côté, Mikelats pactise avec le mauvais génie, qui lui promet l’immortalité en échange de sa fidélité absolue.

Ayant vaincu la mort, Mikelats est-il libre ? Et Atarrabi est-il prisonnier du diable, qui l’empêche d’accomplir ses vœux les plus chers ? Atarrabi & Mikelats prend peu à peu l’étoffe d’un grand film politique, qu’un effet de cape rouge empêche aussitôt de sombrer dans la prétention ou le discours prévisible. Clarisse Fabre

« Atarrabi & Mikelats », film français et belge d’Eugène Green. Avec Saia Hiriart, Lukas Hiriart, Ainara Leemans, Thierry Biscary (2 h 02).

« Chers camarades » : le stalinisme dans le rétroviseur

Le dernier long-métrage d’Andreï Kontchalovski, Prix spécial du jury à la Mostra de Venise 2020, est l’une des plus belles propositions récentes du vétéran de 84 printemps, aux plus de soixante ans de carrière et plus prolixe que jamais.

Chers camarades remonte en 1962, temps qui fut aussi celui de ses débuts aux côtés d’Andreï Tarkovski, et évoque un sinistre fait de répression à l’encontre d’un mouvement social survenu dans une petite ville du Nord-Caucase, longtemps tu mais aujourd’hui connu sous le nom de « massacre de Novotcherkassk ». Les forces étatiques avaient alors ouvert le feu sur les ouvriers grévistes d’une usine ferroviaire qui manifestaient contre la baisse des salaires.

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