Les Gafam ou « les habits neufs de l’hégémonie américaine » dans la revue « Questions Internationales »

Une géopolitique nous suit pas à pas, sans que l’on s’en aperçoive. La surveillance qu’exercent sur nous les outils numériques que nous employons quotidiennement est bien connue. Mais l’utilisateur a peut-être moins conscience que ses pérégrinations cybernétiques s’inscrivent dans un jeu d’influence planétaire. C’est de ces enjeux de puissance dont se saisit le dernier numéro de la revue Questions internationales, publiée par La Documentation française.

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Comme le note Serge Sur, l’un des rédacteurs en chef de cette revue, dans son article d’introduction, les grands groupes du Web, les Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) sont désormais des « acteurs importants de la société internationale ». Leur impact n’est pas qu’économique, car leurs algorithmes changent également nos comportements et la façon dont on débat. Mais, même si le profit est leur première raison d’être, ils n’en restent pas moins « les habits neufs de l’hégémonie américaine ».

« Smart power »

Les valeurs libérales des Etats-Unis ont ainsi trouvé un nouveau vecteur pour se diffuser, alors même que la puissance militaire montre ses limites, comme en témoignent les derniers événements en Afghanistan. Il y aurait donc maintenant un « smart power » exercé par ces boîtiers magiques qui nous suivent partout. Attractifs et innovants, ils sont aux avant-postes de la compétition engagée par les Etats-Unis avec la Chine. Le face-à-face n’est pas armé, mais s’approche davantage d’un clash économique et technologique.

Cette confrontation se déroule sur fond de rapprochement entre l’Etat et les Gafam. Pour Julien Nocetti, enseignant chercheur à l’académie militaire de Saint-Cyr, une forme d’hybridation est en cours : « Les plates-formes assument des fonctions régaliennes alors que les Etats se transforment en réseaux. »

Les données collectées sont, ici, ce qui transforme les puissances publiques et les acteurs du Web. Par exemple, on a vu, au cours de la pandémie de Covid-19, une start-up américaine aider les autorités à identifier les patients infectés, l’information recueillie a par la suite servi à orienter la politique sanitaire. Si les législateurs américains cherchent aujourd’hui à mieux encadrer le secteur par le biais de la lutte antitrust, Washington n’en reste pas moins attaché à défendre ardemment ses champions, notamment contre l’ambition européenne de mieux réguler les nouvelles technologies, observe encore Julien Nocetti.

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La puissance qui émane de ces machines à bien des égards cauchemardesques en fait des objets de fiction incomparables, propres à renouveler le western, observe Jean-Baptiste Féline, juriste et écrivain, dans un article fascinant sur les Gafam au cinéma. Les coups de pistolet sont maintenant des coups de Jarnac échangés « par actes de piratage », « vols de propriété intellectuelle » et « d’impitoyables manœuvres capitalistiques ». Les films sur le fondateur d’Apple Steve Jobs (mort en 2011) ou le patron de Facebook Mark Zuckerberg en sont l’illustration.

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