Les grandes tendances de la rentrée littéraire : de l’autofiction à l’exofiction

Une librairie de Rezé, en Loire-Atlantique.

Pour une personne peu au fait des mœurs culturelles françaises, la rentrée littéraire présente tous les traits d’une tradition irrationnelle. Rappelons qu’elle consiste à publier des centaines de romans entre le mitan du mois d’août et la fin octobre, alors que le public potentiel sort tout juste d’une période plus propice à la lecture que le reste de l’année.

Mais, en France, le rituel est immuable. Pour les acteurs de la chaîne du livre, que cette période mobilise en amont pendant des mois, la rentrée est un enjeu économique majeur, avec, en ligne de mire, et dans le prolongement des prix littéraires de l’automne, les cadeaux de fin d’année. Les titres de l’automne génèrent en effet entre 15 % et 20 % des ventes de fiction en grand format.

Pour les écrivains eux-mêmes, débutants comme chevronnés, ce temps est celui des grandes espérances : s’accompagnant d’une attention médiatique plus soutenue portée à l’actualité éditoriale, que scandent au fil des semaines les sélections pour les prix, la rentrée est susceptible d’offrir une occasion importante de se distinguer – même si les désillusions peuvent être à la hauteur de ces espoirs.

Selon les chiffres de la publication spécialisée Livres Hebdo, 521 ouvrages constitueront la rentrée 2021. Trois cent soixante-dix-neuf écrits en langue française – dont 75 premiers romans –, et 142 traduits d’autres langues. Cette année se distingue particulièrement par l’absence d’ouvrages susceptibles d’éclipser le reste de la production et d’attirer, avant même leur sortie, l’essentiel de la lumière, tel Yoga, d’Emmanuel Carrère (P.O.L), en 2020.

Mais il y a dans leurs rangs nombre d’écrivains au public fervent, qu’ils publient leur trentième livre, comme Amélie Nothomb (Premier sang, Albin Michel), ou leur deuxième, à l’image de David Diop (La Porte du voyage sans retour, Seuil), récompensé pour le précédent, Frère d’âme, par le Goncourt des lycéens et l’International Booker Prize.

Parmi les écrivains francophones très attendus, citons, sans ordre particulier : Lydie Salvayre (qui publie deux livres : Rêver debout, au Seuil, et Famille, chez Tristram), Catherine Cusset (La Définition du bonheur, Gallimard), Philippe Jaenada (Au printemps des monstres, Mialet-Barrault), Sorj Chalandon (Enfant de salaud, Grasset), Christine Angot (Le Voyage dans l’Est, Flammarion), Maryse Condé (L’Evangile du Nouveau Monde, Buchet-Chastel), Agnès Desarthe (L’Eternel Fiancé, L’Olivier), Tanguy Viel (La Fille qu’on appelle, Minuit), Patrick Deville (Fenua, Seuil), Cécile Coulon (Seule en sa demeure, L’Iconoclaste), Nina Bouraoui (Satisfaction, JC Lattès), Christine Montalbetti (Ce que c’est qu’une existence, P.O.L), Morgan Sportès (Les djihadistes aussi ont des peines de cœur, Fayard), Céline Minard (Plasmas, Rivages)Avant le nouveau roman de Patrick Modiano (Chevreuse, Gallimard), annoncé pour octobre. Il ne sera pas le seul prix Nobel publié dans les semaines à venir, puisqu’il sera rejoint, également chez Gallimard, par l’Espagnol Mario Vargas Llosa (Temps sauvages) et le Britannique Kazuo Ishiguro (Klara et le soleil).

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