« Les habitants du quartier des Tarterêts, et par extension de Corbeil-Essonnes, ont fait les frais du marketing politique »

Tribune. Les tensions de ces dernières semaines dans le quartier des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes (Essonne), se sont apaisées et les journalistes sont retournés à Paris. Que s’est-il donc passé pendant cinq jours pour que la quasi-totalité des médias nationaux (TV, radios, presse écrite) se précipite en masse dans notre ville ? Lundi 6 septembre, quinze à vingt jeunes s’en sont pris à la brigade spécialisée de terrain (BST), unité de la police nationale créée en 2010 pour remplacer les unités territoriales de quartier.

Ces jeunes voulaient en découdre avec certains policiers perçus comme étant responsables de l’interpellation musclée de l’un de leurs copains de quartier venu s’interposer violemment contre l’arrestation de son frère pour rodéo sur une petite moto.

A cette occasion, la maman du jeune interpellé avait reçu un jet de gaz lacrymogène projeté par un policier. La scène de l’interpellation a été filmée et est devenue « virale » sur les réseaux sociaux. S’est ensuivi, pendant quelques jours, un « jeu du chat et de la souris » entre une quinzaine de jeunes et les policiers : course-poursuite dans une partie du quartier avec jets de pierres et de cocktails Molotov pour les jeunes, de grenades lacrymogènes pour les policiers.

Trois minutes pour nuancer

Je déplore évidemment ces actes. Les habitants des Tarterêts ont droit à la tranquillité publique autant que les citoyens des beaux quartiers. La police républicaine est dans son rôle quand elle intervient pour mettre un terme aux rodéos. Tout le monde comprend que le métier de policier est difficile. Ce n’est pas le seul, celui de soignant aussi − le Covid-19 l’a souligné −, et pourtant ces métiers sont laissés à eux-mêmes. Leurs difficultés, ce sont les nôtres, c’est le quotidien d’une véritable démocratie.

Ce n’est pas à ce seul policier, quel qu’il soit, de répondre de l’acte stupide et inapproprié, pour un gardien de la paix, de gazer la mère d’un jeune pris à partie. Cela ne fait que souligner la médiocrité du débat politique quand la complexité du monde est réduite à la promotion d’un fait divers pour donner bonne conscience à l’organisation de l’incompétence.

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Qu’il me soit permis de poser des questions : ces faits, dont je ne cache pas la gravité, peuvent-ils décemment être qualifiés d’« émeutes » ? Méritaient-ils que ce quartier soit « assiégé » par les médias pendant cinq jours au point de donner le sentiment que notre ville de 56 000 habitants était à feu et à sang ? Que cherchaient réellement ces médias ?

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