« Les Héritières », un concert collectif pour honorer Cheikha Rimitti, la reine mère du raï

« Les Héritières », création en hommage à Cheikha Rimitti avec Hadjla, Nawel Ben Kraïem, Souad Asla, Samira Brahmia et Cheikha Rabia.

Le 17 juin, à Paris, quartier de la Goutte-d’Or, dans le 18e arrondissement, une place dédiée à une célébrité a été officiellement inaugurée. Un panneau renseigne : « Place Cheikha-Rimitti, 1923-2006, chanteuse pionnière du raï ». « On aurait pu le mettre ailleurs, ce panneau ! » tempête la chanteuse Souad Asla. Elle trouve quasiment insultant pour son héroïne de l’avoir placé là : impossible de le photographier sans avoir les toilettes publiques dans l’axe…

Lire la nécrologie : Cheikha Rimitti, chanteuse algérienne

Originaire de Béchar, cité du Sahara algérien proche de la frontière marocaine, arrivée en France à 20 ans, parce qu’en Algérie, on l’empêchait de « vivre ses rêves », Souad Asla participe avec les chanteuses Samira Brahmia, Hadjla et Nawel Ben Kraïem au concert collectif baptisé « Les Héritières » produit par le lieu culturel parisien FGO-Barbara, où il est présenté le 30 septembre pour l’ouverture de la 11e édition du festival Magic Barbès. L’événement rend hommage à la chanteuse algérienne Cheikha Rimitti, doyenne du raï, morte à 83 ans d’une crise cardiaque le 15 mai 2006, deux jours après avoir chanté sur la scène du Zénith à Paris.

Lire l’entretien (2005) : Cheikha Rimitti : « Je suis là, et les jeunes se sont évaporés »

Rimitti était une reine, une diva, un modèle, clament en chœur les quatre chanteuses participant à ce « tribute », une initiative de Mouss Amokrane, artiste associé au FGO Barbara depuis deux ans, la moitié du duo Mouss et Hakim (transfuges du groupe toulousain Zebda). « L’inauguration de la place a été un fabuleux prétexte pour imaginer cet hommage à Cheikha Rimitti, raconte Mouss Amokrane. Cela me semblait intéressant de mettre aussi à l’honneur l’héritage de cette artiste, ce qu’elle a représenté et représente encore à travers une programmation [quasi] exclusivement féminine pour cette édition, de raconter son histoire à travers différentes propositions. Ce concert, organisé sous la direction musicale du guitariste Nassim Kouti, sera un temps fort. »

Femme libre effrontée

Solide comme un roc, Rimitti était la mémoire frondeuse du raï traditionnel, accompagné du souffle doux de la flûte en roseau (gasba) et du tambour gallâl, cylindrique, en terre cuite. Elle disait « je suis le djadâ » (le tronc), ce qui ne l’avait pas empêché d’accepter des propositions d’habillage très urbains et contemporains sur sa voix rocailleuse les dernières années de sa carrière.

Autrice prolifique et emblème du genre, la Cheikha était une femme libre effrontée, audacieuse, une bonne vivante. Jusqu’au bout de sa vie, elle n’a rien perdu de son timbre rocailleux. Elle chantait les amours nomades, le plaisir, la vie et ses alcools. Elle fut l’inspiratrice de nombreux chebs et chabas, et certains se sont attribué parfois un peu lestement ses compositions. Pendant longtemps, elle s’est énervée contre ces pilleurs effrontés qui lui « volent son travail », disait-elle. Sur son album Kutché, enregistré en 1987, Khaled avait repris La Camel, l’un des ses morceaux de bravoure, en oubliant de la créditer.

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