« Les Héroïques » : dépendants mais accros à la vie

Richard Bohringer et François Créton dans « Les Héroïques ».

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Born to Be Wild, né pour être sauvage. Sur sa Harley Davidson, Michel alias François Créton semble s’être échappé d’Easy Rider (1969), de Dennis Hopper, pour un voyage dont lui seul semble connaître la destination. Mais le quinquagénaire au visage émacié n’est pas un habitué des grands espaces. Il a plusieurs fils à la patte : tout d’abord des années d’addiction à l’alcool et à la drogue, qui l’ont usé et amaigri, et dont il essaie de se défaire péniblement ; ensuite un bébé dont il doit s’occuper alors qu’il est sans emploi et séparé de sa mère (Clotilde Courau).

C’est presque trop pour une fiction, mais tel n’est pas le terrain des Héroïques : le scénario du premier long-métrage de Maxime Roy, né en 1988, est directement inspiré de la vie de son comédien principal, François Créton. Et comme on le sait, le réel dépasse souvent la fiction.

Le père, le fils et le bébé

Au commencement de cette aventure cinématographique, entre le jeune réalisateur et l’ancien junkie, il y eut une rencontre et une amitié, puis un court-métrage étincelant, Beautiful Loser (2018). La sensibilité à fleur de peau de l’acteur occupe tout l’écran, de son témoignage brut aux Alcooliques anonymes à son logement sordide dans une cave humide, où la poussette peine à se trouver une place. Le film connut une belle carrière en festival (Premiers Plans d’Angers…) et fut doublement primé au festival du court métrage de Clermont-Ferrand, en 2019 – avec le prix de la meilleure œuvre de fiction et le prix d’interprétation pour François Créton. Beautiful Loser donnait un éclairage cru de la vie de Michel, tiraillé entre son désir de bien faire et sa difficulté à assumer ses responsabilités – il a un autre fils Léo (Roméo Créton), la vingtaine douce et rebelle, qui l’accompagne dans ses galères. Un drôle d’attelage que ce trio, le père, le fils et le bébé.

Les Héroïques évite le piège du film de « grandes gueules » – comme peuvent l’être François Créton et Richard Bohringer – et brosse avec délicatesse les liens qui relient des âmes en peine

Le long-métrage élargit le récit, faisant apparaître les proches qui peuplent la vie de Michel. Il y a d’abord son père (incarné par Richard Bohringer), au passé douloureux et en fin de vie, dont on suppose qu’il n’a pas été un modèle pour son fils. Celui-ci va tenter de se réconcilier avec cet homme dont il s’était éloigné, et de l’accompagner dans ses derniers instants, à sa manière, bien particulière. L’image prend alors le pas sur les dialogues, quasiment inexistants. C’est la force du film, de privilégier le silence et de suggérer les choses par les visages, le décor, les trajets.

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