Les jardins d’Ispahan, un paradis iranien sur terre

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Publié aujourd’hui à 00h33, mis à jour à 15h01

Pour décrire la beauté et la richesse historique de la ville d’Ispahan, au centre du pays, les Iraniens ne font guère preuve de modestie. « Esfahan, nesf-e jahan ! », disent-ils en persan. Ce qui veut dire : « Ispahan, la moitié du monde ! » Pour découvrir ce joyau du Moyen-Orient, devenu la capitale de la Perse à la fin du XVIe siècle sous le règne de Shah Abbas, appartenant à la dynastie safavide, il n’y a rien de mieux que d’entreprendre une balade depuis la grande place Naghsh-e Jahan (« l’image du monde »), aujourd’hui nommée Imam Khomeini.

Autour de son immense bassin rectangulaire, quatre édifices : l’entrée du bazar historique d’Ispahan, le palais d’Ali Qapu et les deux mosquées de l’Imam et de Cheikh Lotfollah, qui symbolisent l’islam et surtout le chiisme, devenu la religion officielle sous les Safavides. Après la révolution iranienne, en 1979, les fresques sur les murs du palais d’Ali Qapu, jugées « anti-islamiques », ont été détruites. Les soirs d’été, un peu avant la tombée de la nuit et alors que la température descend, les habitants d’Ispahan, ces grands amateurs de pique-nique, prennent d’assaut le gazon autour du grand bassin. Les plus aventureux font le tour de la place à bord de calèches.

La voie royale vers l’au-delà

Après la place Naghsh-e Jahan, direction le palais de Chehel Sotoun, « quarante colonnes » en persan. Ce nom fait référence aux vingt colonnes du bâtiment s’ajoutant à leur reflet dans le grand bassin qui le borde. Datant du règne du roi safavide Shah Abbas II (XVIIe siècle), ce palais a été le lieu où s’organisaient les cérémonies de couronnement des rois et la réception des invités étrangers.

Sur la place Naghsh-e Jahan.

En sortant de Chehel Sotoun, il faut parcourir quelques centaines de mètres sur l’avenue très fréquentée Chahar Bagh (« quatre jardins ») pour découvrir un autre palais au jardin époustouflant, nommé Hacht-Behecht, « les huit paradis » en persan. Datant également de la dynastie safavide, il est construit selon un plan octogonal et constitué de huit grandes salles.

« A Chahar Bagh règne désormais une joie inédite. Ici, se mélangent des Iraniens de tous horizons, qui cohabitent avec tolérance. » Ali Khodayi, écrivain iranien

Son jardin, tout comme celui de Chehel Sotoun, est « le jardin iranien parfait par excellence, explique l’Iranienne Ayda Alehashemi, architecte et paysagiste à Paris. Les jardins représentent le paradis que les Iraniens tâchent de construire sur Terre. Le jardin exemplaire est entouré de murs le séparant du monde extérieur, d’ici-bas, mais aussi des diables. D’un point de vue pratique, ces murs le protègent du climat rude du plateau désertique iranien, des tempêtes de sable, des vents arrivant du désert et des vagues de chaleur agressive. Une autre caractéristique de ces jardins est qu’ils ont tous un axe central, reliant l’entrée au palais. Ce mouvement consistant à partir d’ici-bas pour accéder à l’au-delà, de parcourir un chemin pour devenir maître après avoir été disciple, constitue aussi notre conception du monde. »

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