Les laboratoires investissent de plus en plus le marché du cancer

Un technicien fabrique des cellules dans un laboratoire de l’institut Paoli-Calmettes (IPC), à Marseille en mars 2019.

C’est l’un des dommages collatéraux de la crise du Covid-19. En 2020, environ 93 000 cancers n’ont pas été diagnostiqués en France à cause des déprogrammations d’opérations et des annulations de rendez-vous médicaux, selon la Ligue contre le cancer. Si les dépistages accusent du retard, le dynamisme de la recherche de traitements pour soigner les malades ne faiblit pas. En témoigne le succès du congrès de l’ESMO, la grand-messe européenne annuelle de l’oncologie, qui s’est ouvert – pandémie oblige – en distanciel ce jeudi 16 septembre. Plus de 19 000 têtes chercheuses, rassemblant scientifiques du public et industriels pharmaceutiques du monde entier, y sont attendues pour débattre des nouvelles avancées thérapeutiques dans la prise en charge des cancers.

Il faut dire que le terrain de jeu est vaste : avec un chiffre d’affaires de 164 milliards de dollars (139,4 milliards d’euros) en 2020 – deux fois plus qu’il y a cinq ans –, l’oncologie est aujourd’hui le premier marché mondial de l’industrie pharmaceutique, avec une croissance moyenne annuelle de près de 15 % au cours de la dernière décennie. Et la tendance n’est pas près de s’inverser, au contraire. Avec une population toujours plus dense et vieillissante, le nombre de malades à soigner ne cesse d’augmenter. L’an passé, près de 20 millions de nouveaux cas de cancers ont été diagnostiqués dans le monde. En 2025, les ventes d’anticancéreux pourraient ainsi atteindre près de 270 milliards de dollars (229,6 milliards d’euros) selon les prévisions du spécialiste de données de santé Iqvia.

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Après les années 2000, qui ont représenté un pic d’innovation dans le domaine des maladies cardiovasculaires, puis les années 2010, au cours desquelles de nombreux progrès ont été réalisés sur le VIH et l’hépatite C, « les années 2020 sont franchement les années du cancer, observe Dana Vigier, directrice de la division oncologie d’AstraZeneca France. L’innovation foisonne, portée tant par les industriels que par la recherche publique. Nous sommes arrivés à un moment de maturité scientifique, il est temps maintenant d’accélérer pour guérir le cancer ».

Le groupe anglo-suédois, dont 42 % des ventes proviennent des anticancéreux, affiche de grandes ambitions dans le domaine. « En 2017, nos traitements thérapeutiques ont été administrés à plus de 200 000 patients atteints de cancer dans le monde. Aujourd’hui, ils sont plus d’un million à en bénéficier, et nous voulons doubler ce chiffre d’ici 2023 », poursuit-elle. Pour cela, le laboratoire compte sur la montée en puissance de ses médicaments déjà commercialisés, comme Lynparza pour les cancers du sein et de l’ovaire ou Tagrisso pour celui des poumons, mais aussi sur la richesse de sa recherche clinique. Rien qu’en France, 57 essais – pour lesquels les résultats sont attendus d’ici deux ans –, sont en cours en cancérologie.

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