Les Landes face à la menace du variant Delta

Le président a lancé jeudi un appel à la vigilance face à cette souche encore plus contagieuse du virus.

«Nous devons tous être vigilants, car le fameux variant Delta arrive.» Le président Emmanuel Macron a lancé jeudi un appel à la prudence alors que le chef du gouvernement était dans les Landes, seul département où le taux d’incidence dépasse le seuil d’alerte de 50 cas de Covid-19 pour 100.000 habitants. Cette recrudescence (+11% de nouveaux cas quotidiens en sept jours) est en partie liée à la diffusion de ce variant qui représente déjà 70% des cas positifs dans le département. Sur place, Jean Castex a annoncé la mise en place d’un «plan d’action renforcé» avec l’objectif de réaliser 14.000 tests et de passer de 40.000 à 60.000 doses de vaccin livrées dans les sept prochains jours. Si cela s’avérait insuffisant, la levée des restrictions prévues le 1er juillet au niveau national pourrait être différée dans ce département.

Après avoir colonisé l’Inde, puis le Royaume-Uni (99% des échantillons récemment séquencés), ce nouveau variant vient ainsi gâcher le début de l’été. En France, il serait responsable de 9 à 10% des nouvelles contaminations, selon le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, avec de fortes disparités selon les territoires. Des données sujettes à caution en raison du faible nombre de séquençages dont elles sont issues, et qui pourraient donc être revues à la hausse. D’autant que la progression du variant Delta semble inéluctable: il devrait ainsi représenter 90% des nouveaux cas de Covid-19 dans l’Union européenne d’ici à fin août, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.

Le rythme des injections fléchit

Doit-on pour autant craindre une nouvelle vague épidémique à la rentrée? Ce variant serait 40 à 60% plus transmissible que le variant Alpha qui a émergé en décembre 2020 en Angleterre (aussi appelé variant «britannique»), lui-même 40% plus contagieux que la souche initiale. Le variant indien semble aussi associé à un plus grand risque d’hospitalisation (deux fois plus que pour le britannique) et les personnes n’ayant reçu qu’une dose de vaccin sont moins bien protégées que contre les autres variants. En revanche, une vaccination complète semble efficace pour prévenir les formes graves.

Au Royaume-Uni, où ce variant est devenu majoritaire en deux mois, le nombre de nouveaux cas est en nette augmentation (+44% ces sept derniers jours par rapport aux sept jours précédents), ainsi que celui des hospitalisations. La France pourrait connaître le même sort, comme avec le variant britannique fin 2020: la souche s’était propagée comme outre-Manche, mais avec deux mois de décalage. Selon Samuel Alizon, directeur de recherche au CNRS spécialiste en modélisation des maladies infectieuses, «il est quasiment certain que le variant Delta sera majoritaire dès le mois de juillet» en France.

Au Royaume-Uni toutefois, la majorité des personnes hospitalisées (65%) au 7 juin n’était pas vaccinée et seuls 10% avaient reçu les deux doses de vaccin. Les jeunes, bien moins vaccinés que leurs aînés, sont davantage touchés, comme cela semble être le cas dans les Landes où ils développent «majoritairement des formes asymptomatiques», selon Sylvie Quelet, de l’agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine interrogée par Franceinfo. «La situation en Grande-Bretagne nous apprend une chose: ce sont les personnes non vaccinées, en particulier des jeunes, ou celles qui n’ont eu qu’une injection, quel que soit le vaccin, qui sont contaminées par le variant Delta. On a tous les leviers pour éviter ce scénario. Saisissons-les», a ainsi réagi sur Twitter Aurélien Rousseau, directeur de l’ARS Île-de-France.

Mais alors que l’urgence est de vacciner le plus vite possible, le rythme des injections fléchit peu à peu. «Nous vaccinons 200.000 personnes par jour» en primo-injection, «c’est trop peu», a regretté le premier ministre, qui a lancé «un appel solennel» aux soignants qui ne seraient pas encore vaccinés. L’exécutif espère que 35 millions de Français seront complètement vaccinés fin août (ils sont 19,7 millions aujourd’hui). Mais cela sera-t-il suffisant?

Pour Dominique Costagliola, directrice de recherche à l’Inserm et épidémiologiste, «il est frappant de voir que l’épidémie repart au Royaume-Uni alors qu’ils ont une couverture vaccinale élevée», avec 60% des adultes vaccinés (contre 33,5% en France). Mais la plus grande transmissibilité de ce variant pourrait nécessiter un taux d’immunisation plus important. «C’est une course de vitesse entre variants et vaccination, insiste Samuel Alizon. Si la couverture vaccinale est suffisante, nous serons à l’abri d’une nouvelle vague épidémique à l’hôpital.»

Qu’est-ce qu’une couverture vaccinale suffisante? «C’est ce que nous allons tenter de déterminer dans les prochains jours, poursuit le chercheur. D’après nos projections, avec un scénario où la tendance actuelle se prolonge et où 75% de la population serait vaccinée à deux doses à la mi-août, on verrait tout de même un redémarrage de l’épidémie cet été. Mais la pression sur le système hospitalier resterait limitée, avec moins de 1.000 personnes en soins intensifs à cause du Covid mi-septembre. Et si nous améliorons les mesures de freinage, on pourrait éviter une vague même avec un taux de vaccination inférieur à 75%.» Selon lui, il faut en tout cas «absolument éviter de reproduire ce qui s’est passé l’été dernier, quand on a laissé le virus circuler jusqu’à perdre tout contrôle». Si elle ne s’attend pas à une vague aussi importante que les précédentes, Dominique Costagliola estime que «la population doit se faire vacciner au maximum et que l’on doit, dans le même temps, garder le contrôle sur l’épidémie avec la politique tester/tracer/isoler. Il faut absolument éviter que le virus circule car cela peut conduire à la formation de variants encore plus embêtants», souligne la scientifique.