Les livres jeunesse font leur rentrée

« J’ai rétréci mes parents »

« Même pas en rêve », de Beatrice Alemagna.

Et si, pour une fois, on inversait les rôles. Et si, le jour de la rentrée scolaire, ce n’était pas aux enfants de s’angoisser à l’idée de découvrir un nouvel environnement – une nouvelle classe, une nouvelle maîtresse, de nouveaux camarades de classe – mais aux parents… Pascaline, la petite chauve-souris, hurle tellement fort à la face de ses géniteurs, ce matin-là, que ceux-ci, un peu comme dans les livres de Claude Ponti, rétrécissent d’un coup. Pas plus hauts que deux cacahuètes, les voilà glissés sous l’aile de leur fille, géante pour le coup, direction l’école, malgré leurs vives protestations. Rêvé ou non, cet impromptu scénario amusera un temps la jeune héroïne avant que celle-ci se rende compte que les parents ne sont pas totalement inutiles en un pareil jour, notamment quand il s’agit de récupérer leur progéniture à la sortie de la classe. Le ton sautillant et le dessin alerte de Beatrice Alemagna dédramatisent poétiquement ce qui ne devrait être qu’un non-événement dans la vie des tout petits.

« Même pas en rêve », de Beatrice Alemagna (L’Ecole des loisirs, 44 pages, 12,70 €). Dès 3 ans.

Le secret de Leonor

« Le jour où je suis allée à la grande école », de Martina Aranda.

Pas de délit d’initié dans ce livre, pas de petite souris dans la salle de classe. Ceux qui espèrent percer le mystère de ce qu’il se passe derrière les grilles de la grande école, lorsque leur enfant entre au CP, en seront pour leurs frais : ici, on nous raconte l’« avant » et l’« après », pas le « pendant ». Mais ce que l’on découvre dans ce petit album aux dessins doux est autrement plus précieux : ce qu’il se passe dans la tête d’une petite fille, Leonor, pour son premier jour. Au réveil, elle dissimule son tutu sous ses vêtements, comme on empoche un talisman. Juste après, apparaît l’autre grand personnage (pas par la taille) de cet ouvrage, Max, le petit frère de Leonor. Le lien qui les unit est d’une beauté inouïe. Elle va le chercher dans son lit à barreaux, cache la banane du petit déjeuner pour le faire rire, lui raconte sa vie. Le soir venu, elle entreprend d’apprendre l’alphabet à ce petit être en grenouillère, qui tombe de la chaise mais ne proteste pas, parce qu’il « attend que Maman soit là pour pleurer ». La dernière pensée de la petite fille avant de s’endormir sera pour lui. Il est si rare que les livres pour enfants prennent le temps de la digression, qu’ils ne soient pas tout entiers consacrés à l’efficacité du propos. C’est l’immense force de cet album rare.

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