« Les Méchants », voyage indigent en idiotie profonde

Sébastien (Roman Frayssinet) et Patrick (Djimo) dans « Les Méchants », de Mouloud Achour et Dominique Baumard.

L’AVIS DU « MONDE » – ON PEUT ÉVITER

La vacuité – teintée de bêtise crasse et peuplée d’abrutis – a servi de matière au premier long-métrage de Mouloud Achour et Dominique Baumard. Les Méchants est à la hauteur de son ambition qui, sur le fond comme sur la forme, offre un spectacle affligeant de notre époque, où plus une pensée ni même une phrase énoncée correctement ne s’expriment. Où l’esthétique de l’image est définie par nos téléphones portables. Où le bien et de mal, les méchants et les gentils, le correct et le « pas correct », se décident sur les chaînes d’info en continu, en fonction du buzz créé par les réseaux sociaux.

On ne peut reprocher au film de ne pas coller à son propos, au contraire, il épaissit le trait, en adoptant les travers mêmes qu’il prétend épingler. C’est ainsi que nous est infligé, durant une heure vingt, un scénario indigent et bâclé (à l’image de notre société en manque de sens ?), une esthétique d’une laideur déprimante (pour incarner notre monde bien moche ?), une réalisation qui s’apparente plutôt à une absence de réalisation (semblable à celles que l’on voit désormais souvent sur les réseaux ?), des personnages vides et apathiques (puisque tout le monde est interchangeable ?), dont l’interprétation a visiblement été abandonnée au bon vouloir de chacun.

Qu’importe, au fond, puisque tous les intervenants, acteurs et actrices connu(e)s, humoristes confirmés ou issus du stand-up nouvelle génération se succèdent plus qu’ils n’ont à jouer ensemble, au gré d’une succession de saynètes sans queue ni tête – sortes de sketchs de patronage, dont aucun n’a réussi à nous faire rire. Pas plus d’ailleurs que les autres spectateurs (plutôt jeunes) présents dans la salle.

Dialogues insignifiants

Dans tout ce fatras, subsiste néanmoins un semblant de fil rouge qui tient lieu d’histoire. Il est abandonné aux mains de deux lascars inoffensifs, Patrick (Djimo) et Sébastien (Roman Frayssinet), soudain jetés sous le feu des projecteurs après avoir giflé, sur un plateau de télévision, le rappeur Carcéral (Anthony Bajon). Survenu en direct sur la chaîne DébatTV, l’incident est monté en épingle par l’animatrice Virginie Arioule (Ludivine Sagnier) et ses deux experts vedettes – le politique d’extrême droite (Alban Ivanov) et le réalisateur « tolérant » (Mathieu Kassovitz). Voilà nos deux lascars érigés en « méchants » de la société, désignés coupables, hommes à abattre.

Mouloud Achour enfonce des portes ouvertes, s’amusant peut-être à régler ses comptes avec les chaînes d’info et à convoquer une bonne partie des invités reçus dans son émission « Clique »

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