Les métamorphoses du progressisme

Par Marion Dupont

Publié aujourd’hui à 06h00

« Ambition, goût du progrès, conscience civique : c’est en cultivant ces trois vertus que, dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, dans les prochaines années, nous allons projeter notre pays vers l’avenir », disait le président Macron début septembre, dans un texte censé répondre aux inquiétudes des Français, publié par le magazine Challenges. Ce texte pose logiquement les bases idéologiques de sa campagne de réélection, et mentionne le « progrès » pas moins de quatre fois.

Le terme de « progressisme », lui, en est absent. Le progressisme avait pourtant été choisi pour définir la doctrine de son camp à l’approche des élections européennes, il y a à peine deux ans – deux ans qui semblent contenir un monde. Quelques semaines avant l’échéance électorale, Ismaël Emelien et David Amiel, anciens conseillers du président, avaient fait paraître Le progrès ne tombe pas du ciel (Fayard, 2019), un manifeste censé conjurer le spectre du mouvement des « gilets jaunes », formaliser la philosophie politique du macronisme, tout en l’inscrivant dans une tradition désirable, et désigner des ennemis – au choix les « populistes », les « nationalistes » et autres « souverainistes ».

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Plastique, protéiforme, le progressisme se prête en effet à de nombreux usages, par des acteurs que, parfois, tout oppose. Du président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui pouvait déclarer, en février, « nous, patrons, nous sommes par essence des progressistes : c’est-à-dire que nous sommes, sans naïveté évidemment, pour le progrès et l’innovation », au groupe des socialistes et démocrates au Parlement européen intitulé « Alliance progressiste », en passant par le Mouvement unitaire progressiste fondé en 2009 par Robert Hue, le terme ne connaît pas de frontières politiques.

Ses applications sont si nombreuses que la notion souffre souvent d’un manque de consistance, et peine plus souvent encore à convaincre. Peut-être clairvoyant sur cet état de fait, mais conscient de la puissance de la référence au progrès, Emmanuel Macron a donc recommencé à faire son éloge en ce début de campagne présidentielle, sans encore en brandir le drapeau.

Si le progressisme peut parfois se limiter à une étiquette politique, commode et disponible, sa richesse sémantique est aussi le signe de son épaisseur historique. Se dire progressiste revient en effet à se placer dans une longue tradition, celle de penseurs et d’acteurs politiques entendant orienter l’action politique dans la direction d’un futur possible et souhaitable. Revenir aux origines de cette tradition permet non seulement d’esquisser plus précisément les contours du progressisme, de ses évolutions, des liens qu’il entretient au progrès, mais aussi de diagnostiquer ses impasses et ses angles morts.

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