Les missions trop secrètes des ambassadeurs thématiques

Jean-Luc Martinez, ici en juin 2020, doit préparer une conférence pour l’anniversaire de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit.

« Nous demandons aux forces de sécurité, à la communauté internationale, aux talibans et à toute partie influente de prêter attention à la sécurité des objets et de ne pas laisser les opportunistes (…) détériorer et voler les objets du musée. » Cette supplique du Musée national afghan de Kaboul, publiée sur Facebook le 16 août, ne devrait pas laisser insensible l’ex-président du Musée du Louvre Jean-Luc Martinez.

En 2015, dans un rapport remis au président François Hollande, il avait proposé que les biens culturels étrangers en péril trouvent asile dans les musées français. Surtout, à partir du 1er septembre, ce conservateur en chef du patrimoine devient ambassadeur thématique pour la coopération internationale dans le domaine du patrimoine. Un ambassadeur sans lettre de créance, sans ambassade, mais pas sans mission, comme vingt autres « excellences » chargées de problématiques d’envergure planétaire.

Pour Jean-Luc Martinez, qui a décroché ce lot de consolation à défaut d’un troisième mandat à la tête du Louvre, la feuille de route est ainsi explicitée par le Quai d’Orsay : préparer pour l’hiver une conférence à l’occasion du cinquième anniversaire de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (Aliph), fondation dont il assure déjà la présidence du comité scientifique, afin d’élargir le tour de table à de nouveaux bailleurs de fonds.

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Il doit aussi réfléchir au meilleur dispositif pour proposer à l’étranger l’expertise française en matière de patrimoine et de création de musée. Mais, pour l’instant, aucune action immédiate en Afghanistan, où l’Aliph opère depuis trois ans, n’est prévue.

Manque de transparence

La singularité diplomatique de ces vingt et un ambassadeurs thématiques a été brevetée en 1998 par le président Jacques Chirac. Le profil et l’âge des actuels titulaires sont aussi variés que leurs missions. Diplomate en fin de carrière, Christophe Penot, 66 ans, est depuis un an chargé de la zone indo-pacifique. Une ancienne karatéka, Laurence Fischer, 47 ans, est depuis 2019 ambassadrice pour le sport, sans qu’on connaisse exactement le périmètre de sa fonction.

« C’est un travail constant de préparation, je participe à des comités tous les trimestres et à des conseils d’administration deux fois par an. » Stéphanie Seydoux, ambassadrice pour la santé mondiale

Nommés en conseil des ministres pour une durée de quatre ans, ces ambassadeurs thématiques sont rattachés au Quai d’Orsay, mais relèvent souvent de plusieurs ministères : la culture pour Martinez, l’économie et les finances pour Henri Verdier, l’ambassadeur qui s’occupe du numérique… Certains participent à des événements internationaux majeurs, tels les sommets du G7 ou du G20. En 2019, la rémunération globale des dix-neuf ambassadeurs thématiques alors en fonction s’élevait, selon un rapport du Sénat, à 1,8 million d’euros (soit une moyenne de 94 730 euros par personne), avec des frais de mission de l’ordre de 21 400 euros par ambassadeur.

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