« Les Ombres du Bataclan », sur Arte : les failles du 13-Novembre mises en question

Georges Fenech, désigné en février 2016 pour présider la commission d’enquête parlementaire sur ces attentats, témoigne dans « Les Ombres du Bataclan » (2021), de Francis Gillery.

ARTE – VENDREDI 3 SEPTEMBRE À 22 H 25 – DOCUMENTAIRE

Le 8 septembre s’ouvre le procès très attendu des attentats survenus le 13 novembre 2015, ayant provoqué la mort de 131 personnes au Stade de France, au Bataclan et dans des bistrots parisiens. Ce documentaire rigoureux d’Arte, nombreux témoignages à l’appui, pose avec acuité des questions troublantes.

Comment une tuerie d’une telle ampleur a-t-elle pu avoir lieu alors que les différents services de sécurité et de renseignement étaient au courant d’une menace imminente ? Comment les auteurs de ces massacres, fichés et sous contrôle judiciaire, ont-ils pu mener ces opérations ? Pourquoi les forces d’intervention ont-elles mis autant de temps à intervenir au Bataclan ?

Pour tenter de trouver des réponses, le réalisateur Francis Gillery a bénéficié de la collaboration de Georges Fenech. Ce magistrat, ancien député LR, a été désigné en février 2016 pour présider la commission d’enquête parlementaire sur ces attentats. Et connaît donc parfaitement le dossier, après avoir procédé à de nombreuses auditions.

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Pour ce documentaire, Georges Fenech a retrouvé des témoins précieux, comme d’anciens membres de groupes d’intervention (GIGN, RAID, BRI, BI). On entend également Samia Maktouf, l’avocate des victimes, Marc Trévidic, ex-juge antiterroriste, ou Jean-Michel Fauvergue, commandant du RAID et de la force d’intervention de la police nationale (FIPN) à l’époque des faits. Sans oublier Manuel Valls (alors premier ministre) et Bernard Cazeneuve (intérieur).

Rivalités et protocoles dépassés

Des responsables politiques chez lesquels on ressent une certaine gêne lorsqu’il s’agit d’expliquer pourquoi la FIPN n’a pas été rapidement mise en action, contrairement au 9 janvier 2015, lors de l’attentat de l’Hyper Cacher survenu porte de Vincennes le surlendemain de la tuerie de Charlie Hebdo. Manuel Valls admet qu’« il y a peut-être eu du retard dans les procédures ».

Rivalités entre services de police, faiblesse des échanges de renseignements à l’échelle européenne, protocoles d’interventions dépassés face à des attaques d’une telle ampleur, le tableau d’une soirée aussi atroce que désastreuse se dessine. Mais, pour comprendre le drame parisien, il faut aussi, ce qui est fait dans ce solide documentaire, rappeler le contexte international et les dysfonctionnements survenus auparavant en Belgique, en Turquie et en Syrie pour pister les terroristes.

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« Il y avait, devant le Bataclan, huit militaires en armes de la force Sentinelle. Comment comprendre qu’ils ne soient pas intervenus en entendant les tirs ? », s’interroge Georges Fenech. Ils n’en avaient tout simplement pas reçu l’ordre. Ce temps perdu aura été fatal à de nombreuses victimes. Les premiers à intervenir dans le Bataclan seront un commissaire de la BAC et son chauffeur. Deux héros qui ont enfreint le protocole au péril de leur vie.

Les Ombres du Bataclan, de Francis Gillery (Fr., 2021, 70 min). Sur Arte.tv jusqu’au 2 octobre.