Les opposants à la vaccination obligatoire : « Vous avez dit Résistance ? »

Tribune. On a pu voir dans les manifestations récentes contre la vaccination obligatoire et les autres mesures de restriction des choses étonnantes. Je ne parle pas de la stupéfaction que l’on pouvait ressentir devant ces personnes qui portaient une étoile jaune, sans doute trop bêtes pour comprendre leur ignominie.

Je voudrais plutôt m’intéresser à ceux qui ont défilé avec des croix de Lorraine, emblème de la Résistance, alors qu’il pourrait plutôt s’agir de réactance, mécanisme de défense psychologique mis en œuvre par un individu lorsqu’il croit que sa liberté lui est ôtée ou est menacée, décrit par Jack Brehm en 1966.

Résistance ? Sous l’impulsion du général de Gaulle, elle était née d’une sublime pulsion de vie visant à assurer la protection des libertés, de nos libertés, dans un élan collectif et altruiste qui a conduit bon nombre de héros, connus ou inconnus, au sacrifice suprême.

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Comme on était loin de la résistance de ceux qui aujourd’hui manifestent contre la vaccination ou les restrictions, sans comprendre qu’ils sont poussés par un désir visant au contraire à assurer de manière égoïste leur seule liberté individuelle, avec le risque qu’elle prolonge l’épidémie avec ses morts. Ce désir mérite-t-il une croix de Lorraine ?

La liberté est par essence plurielle

Réactance : Jack Brehm (1928-2009) avait décrit le concept à propos des enfants. La réactance est chez eux habituelle ; c’est qu’ils découvrent le monde qui les entoure, qui risque de leur prendre leur bien et d’imposer des limites à leur toute-puissance. Ne touche pas à ce verre et voici qu’ils le touchent ; donne-moi ta poupée et ce sont des cris. Quels parents n’ont-ils pas vu chez leurs enfants cette réactance, expression du développement ultérieur de leur autonomie ?

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Mais, alors, la réactance ne serait-elle pas dans le cas qui nous occupe une marque d’infantilisme d’adultes, qui, soit dit en passant, passent leur temps à se plaindre d’être infantilisés ? Liberté, liberté chérie, te défendre, oui ! Mais la liberté ne saurait être un concept individuel : la liberté est par essence plurielle.

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Je ne peux pas être libre si l’autre n’est pas libre et, surtout, si ma liberté porte atteinte à sa liberté : je suis libre avec toi, pas contre toi et on comprend la gravité de la « fracture vaccinale » à laquelle nous assistons aujourd’hui. Liberté plurielle : peut-être est-ce le sens profond de la définition de l’éthique donnée par Paul Ricœur (1913-2005) : on entre véritablement en éthique quand, à l’affirmation par soi de la liberté, s’ajoute la volonté que la liberté de l’autre soit. Je veux que ta liberté soit.