Les « Pandora Papers », un complot international, selon le président équatorien

Le président équatorien Guillermo Lasso présente un projet de loi comportant des réformes économiques, fiscales et du travail, à Quito, en Equateur, le 24 septembre 2021.

Mentionné par l’enquête journalistique des « Pandora Papers », le président équatorien, Guillermo Lasso (droite), se cherche une stratégie de défense. Mercredi 13 octobre, à l’occasion d’une interview télévisée, l’ancien banquier, qui affirme ne plus détenir aucune société offshore, s’est dit victime d’un « complot international », d’une « conspiration » intérieure ourdie par ses ennemis politiques. Il a dénoncé une tentative de « putsch contre la démocratie ». Trois jours plus tôt, 105 députés de l’Assemblée nationale, sur 137, avaient voté l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur les éventuels avoirs à l’étranger de M. Lasso.

Chargée de l’investigation, la commission parlementaire de garanties constitutionnelles doit remettre son rapport dans un mois. Les auditions doivent démarrer lundi 18 octobre. Huit observateurs internationaux – dont le nom n’a pas été précisé – suivront l’enquête afin d’en garantir l’impartialité.

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Au pouvoir depuis quatre mois et demi, M. Lasso était, dès avant la publication des « Pandora Papers », fragilisé par une crise sans précédent dans le milieu pénitentiaire – le 28 septembre 119 détenus de la prison de Guayaquil ont été tués dans des affrontements attribués à des rivalités entre gangs liés aux cartels mexicains de la drogue – et un malaise social croissant.

« Chercher des coupables »

L’enquête collaborative menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) a révélé qu’il a contrôlé 14 sociétés offshore, dont 11 basées au Panama. Dans une vidéo publiée par le gouvernement le 7 octobre, le chef de l’Etat a affirmé « s’être automatiquement débarrassé de toutes ces entreprises » en 2017, lorsque le président socialiste d’alors, Rafael Correa, a fait voter une loi interdisant aux candidats à la présidence d’avoir des actifs dans les paradis fiscaux. Admettant qu’il avait eu, « il y a des années, des investissements légitimes dans d’autres pays », M. Lasso a précisé : « Mes revenus proviennent de mes décennies de travail à la banque de Guayaquil. »

Dans une lettre de trois pages adressée au directeur du quotidien El Universo, membre du ICIJ, le président a mis en cause la rigueur des informations fournies et dénoncé « le manque d’éthique journalistique » du journal. Il a informé que ses entreprises et lui-même avaient apporté 588 millions de dollars (481 millions d’euros) au fisc au cours des quinze dernières années, dont 18 millions à titre personnel.

Mercredi lors d’une interview à la télévision, M. Lasso a donné le montant des impôts payés par plusieurs de ses adversaires politiques. Le leader indien et paysan Leonidas Iza, a-t-il assuré, aurait payé 1 000 dollars en quinze ans. « Il est incompréhensible que des citoyens qui ne payent pas d’impôts prétendent contester un patrimoine bien justifié, fruit d’un travail honnête », a déclaré le très riche président.

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