Les Parisiens boudent le budget participatif d’Anne Hidalgo

La maire de Paris, Anne Hidalgo, aux Champs Elysées, le 16 septembre.

A Paris, la démocratie participative dont Anne Hidalgo a fait l’un des ses grands marqueurs politiques connaît des ratés. Les Parisiens ont boudé la dernière édition du budget participatif, qui permet aux habitants de choisir certains investissements publics. Seules 106 326 personnes ont pris part au vote organisé du 9 au 28 septembre, soit 26 % de moins que lors de la consultation précédente, en 2019, selon les premiers résultats transmis au Monde par la Mairie de Paris.

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Depuis son lancement, en 2014, le budget participatif parisien n’avait cessé d’attirer plus de participants. De 40 745, le nombre de votants était progressivement monté à 143 489 en 2019, soit 6,5 % des électeurs parisiens. C’est un « rendez-vous démocratique annuel incontournable, emblématique de notre volonté de réinventer la politique », se félicitait Anne Hidalgo en 2020, lors de la campagne des municipales. « On espère que les votants seront encore plus nombreux cette fois-ci », indiquait début septembre Anouch Toranian, son adjointe chargée de la participation citoyenne. C’est l’inverse qui s’est produit.

« Coup de cœur, j’adore », « pourquoi pas »

Trois facteurs ont pu se cumuler pour aboutir à ce net recul. D’une part, la procédure de vote a été revue. Il suffisait auparavant d’une adresse e-mail pour voter. Les habitants à l’origine d’un projet pouvaient ainsi gonfler les résultats en multipliant les identités numériques. Le nouveau dispositif empêche en principe ce genre d’artifice. D’autre part, l’absence de budget participatif en 2020, pour cause d’élections municipales puis de Covid-19, a pu brouiller les repères. Enfin, « avec la crise sanitaire, certains se montrent encore réticents à se retrouver autour d’une urne », avance Anouch Toranian.

Au total, « on aurait pu craindre plus de déperdition », ajoute l’adjointe. Des résultats, elle veut surtout voir le fait que le budget participatif s’ancre dans le paysage, et que les Parisiens n’ont pas rejeté le nouveau mode de scrutin expérimenté cette année, le « jugement majoritaire ». Au lieu de choisir simplement trois ou quatre investissements sur une liste, les électeurs étaient appelés à attribuer une appréciation positive ou négative à autant de projets qu’ils le souhaitaient. Au choix : « Coup de cœur, j’adore », « j’aime bien, c’est intéressant », « pourquoi pas », ou « je ne suis pas convaincu.e ».

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En moyenne, les électeurs parisiens ont donné leur avis sur onze projets, comme la rénovation de la pompe à feu du château de Bagatelle (16e arrondissement), l’ajout d’aires de jeux dans certains squares du 15e ou encore l’ouverture d’ateliers de réparation de vélos à travers la ville. « Avec plus de 1,2 million d’avis exprimés, les Parisiens se sont saisis de cette nouvelle méthode de vote », estime Anouch Taranian. C’est la première fois que le « jugement majoritaire », ce mode de scrutin nuancé dans lequel certains voient une solution à la crise démocratique, était testé sur plus de 100 000 votants.

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