Les pénuries brident la reprise allemande

Le site d’Opel, à Eisenach, est totalement fermé du fait de la pénurie de semi-conducteurs et jusqu’à la fin de l’année. Ici, le 28 août 2019.

C’est un signe décevant pour la reprise de l’économie européenne : le moteur allemand repart bien plus lentement que prévu. La croissance outre-Rhin ne progressera que de 2,4 % en 2021, ont calculé les grands instituts de conjoncture du pays dans leur rapport d’automne, publié jeudi 14 octobre. C’est une sérieuse douche froide : ils tablaient au printemps sur un rebond bien plus vigoureux de la première économie de la zone euro, à 3,7 % pour l’année en cours.

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Sans surprise, le « made in Germany » est très affecté par les problèmes d’approvisionnement en matières premières et puces électroniques, qui freinent la production industrielle. Dans l’industrie automobile, les conséquences de la pénurie de semi-conducteurs sont considérables. Certaines lignes de production sont interrompues, le site d’Opel à Eisenach est totalement à l’arrêt jusqu’à la fin 2021. Cette crise touche même les constructeurs de véhicules de luxe. Mercedes a annoncé début octobre n’avoir livré que 428 000 modèles de juillet à septembre, soit… 30 % de moins que l’année précédente à la même période.

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Conséquence, ce sont pour l’instant les services proches du consommateur, comme la restauration, qui tirent la croissance depuis le printemps, grâce à la levée de certaines restrictions anti-Covid. Mais la situation menace de s’assombrir avec les mois d’hiver, dans le cas d’une reprise épidémique. « Avec la saison froide, il faut s’attendre à ce que les infections se maintiennent au même niveau, ce qui signifie que les services vont tourner en deçà de leur activité habituelle », soulignent les économistes.

La croissance des prochaines années sera fortement affectée par les deux grands défis à venir de l’économie allemande : le vieillissement de la population et les efforts de décarbonation de l’économie

Ces derniers tablent sur le fait que la situation sanitaire et les approvisionnements vont se normaliser peu à peu au cours des prochains mois, afin d’atteindre, à l’été 2022, le niveau de production d’avant-crise… si aucun nouveau variant ne vient perturber la situation. Cela devrait se traduire par une hausse de la production de 4,8 % en 2022 et de 1,9 % en 2023. Face aux angoisses exprimées actuellement en Allemagne quant au rythme de l’inflation, les instituts de conjoncture se montrent rassurants : ils estiment que la hausse des prix sera certes de 3 % cette année, mais qu’elle retombera à 2,5 % en 2022 et reviendra à 1,7 % en 2023.

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Mais les difficultés ne seront pas surmontées pour autant. La croissance des prochaines années sera fortement affectée par les deux grands défis à venir de l’économie allemande, qui vont peser à la fois sur la production et la consommation : le vieillissement de la population, avec l’arrivée à la retraite de générations nombreuses nées après guerre, et les efforts de décarbonation de l’économie. Ce double événement a pour conséquence que « moins de travailleurs par habitant devront générer la richesse du pays, et une plus grande part du revenu généré [devra] être investi dans la protection du climat », soulignent les économistes.

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