« Les petits réacteurs nucléaires sont un atout pour la France »

Tribune. Le président de la République a dévoilé, mardi 12 octobre, les grandes lignes du plan France 2030, présentant les investissements programmés dans dix domaines d’innovation stratégiques pour le futur. Parmi ces grandes options, figure en bonne place l’investissement dans des petits réacteurs nucléaires modulaires, les PRM (en anglais, small modular reactor).

Les PRM sont de petits réacteurs, d’une puissance allant de 10 à 300 mégawatts électriques, de deux types : ils sont soit dérivés, par réduction de taille, de l’architecture des réacteurs actuellement en fonctionnement, soit des réacteurs dits à neutrons rapides. Aujourd’hui, la Russie fait déjà fonctionner des PRM du premier type, la Chine démarre un réacteur à neutrons rapides et sels fondus, alors que les deux concepts sont développés aux Etats-Unis. En France, le projet Nuward d’EDF relève de la première catégorie, mais des recherches sont menées depuis plusieurs années au CNRS et à l’Institut national de physique nucléaire et de physique des particules sur un PRM à sels fondus.

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L’annonce de l’intégration des PRM dans le plan France 2030 est à la fois une surprise et un pari. Une surprise, car le débat autour du nucléaire en France a été jusqu’alors focalisé sur le nucléaire classique et sur la question du développement de réacteurs de troisième génération, les EPR. Un pari, car les perspectives de déploiement des PRM, à l’échelle nationale comme internationale, restent aujourd’hui incertaines.

Changement de perspective

Les PRM sont inscrits dans le plan France 2030 parce qu’ils peuvent constituer une innovation de rupture. Ils représentent en effet un changement complet de perspective dans le développement des technologies nucléaires. La deuxième génération de réacteurs nucléaires, celle des centrales aujourd’hui en opération, a pu donner lieu à une standardisation et à une production en série offrant une certaine maîtrise des coûts. Mais avec les EPR, il est apparu que l’augmentation de la taille, qui aurait dû apporter cette maîtrise des coûts, s’est au contraire soldée par un surcroît de complexité, générateur de délais et de coûts supplémentaires.

La logique économique sous-jacente qui justifie le développement des PRM s’appuie au contraire sur une technologie dont les progrès peuvent reposer sur la production en grande série d’objets de petite taille, en profitant de multiples retours d’expérience. L’avantage des PRM est de pouvoir s’adapter à tous les types de réseaux, y compris dans les pays émergents, où la nécessaire sortie des centrales au charbon crée des besoins immenses de remplacement. Ils présentent par ailleurs des avantages importants du point de vue de la gestion de la sûreté et des déchets. Mais cela ne garantit pas pour autant un large déploiement à l’échelle mondiale.

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