Les piscines municipales à la recherche d’un nouveau modèle

A la piscine publique La Conterie, à Chartres-de-Bretagne dans la banlieue de Rennes, le 4 juin 2020.

A l’époque où seuls les riches pouvaient s’offrir un bassin, la piscine municipale, née dans les années 1930, a longtemps symbolisé l’effort de la cité pour l’accès de ses citoyens modestes à la baignade et à la pratique de la natation. C’est au retour des Jeux olympiques de 1968, organisés à Mexico, les nageurs français n’ayant glané qu’une médaille de bronze, que le gouvernement Pompidou, vexé, réagissait en lançant le plan 1 000 piscines. Deux drames, à l’été 1969, un dans la Loire, l’autre dans le lac Léman, où des dizaines d’adolescents se sont noyés, ont démontré par ailleurs un grave déficit dans l’apprentissage de la natation.

La France a ainsi vu pousser, entre 1969 et 1977, de 600 à 700 bassins modèles Caneton (196), Tournesol (183, repérable à sa coupole à hublots) ou encore Iris, Plein-Ciel, Plein-Soleil. Ces équipements souvent petits, réservés au sport et à l’enseignement plutôt qu’aux jeux, ont peu à peu lassé leur public et ruiné les budgets communaux en frais d’entretien, d’eau et d’énergie, rarement compensés par les recettes.

Attentes plus ludiques

« Aujourd’hui, le parc des 6 646 bassins publics, soit une surface d’eau de 26 mètres carrés pour 1 000 habitants, est vieillissant, la moitié date d’avant 1985 », déplore Yves Rouleau, expert auprès de l’Association nationale des élus en charge du sport (Andes) et coauteur du guide Réussir sa piscine publique. « Non seulement il ne répond pas aux nouvelles attentes, plus ludiques, du public, mais il s’avère énergivore. » De nouveaux procédés, économes en énergie et en eau, utilisant le solaire, facilitent l’équilibre économique.

Face à la vétusté de leurs équipements, certaines communes les ont carrément fermés, le cas le plus emblématique étant la ville de Marseille sous l’ère Gaudin, épinglée dans un rapport sévère de la cour régionale des comptes, de février 2018. Les auteurs relevaient que la ville disposait, en 2008, de 25 bassins dont seulement 15 étaient encore en activité huit ans plus tard, en 2016, dont 5 ouverts l’été, et pratiquement aucun dans les quartiers populaires.

« Ces centres aquatiques sont des lieux inégalés de mixité générationnelle et sociale à condition que les élus aient adapté leurs équipements aux nouveaux usages », Yves Rouleau, expert

Les élus intercommunaux, puisque c’est souvent leur compétence, doivent aussi faire face, dans leurs centres aquatiques, aux incivilités, bagarres, refus de se doucher, de porter un bonnet de bain, de respecter la propreté des lieux, d’obéir aux consignes des maîtres-nageurs… « Les fortes chaleurs ont, chez tout le monde à la recherche d’un peu de fraîcheur, un effet amplificateur des comportements d’irrespect des règles et des autres usagers », observe Cyril Cloup, délégué général de l’Andes. En juin 2019, par exemple, les villes de Puteaux et de Neuilly réservaient l’accès des bassins aux résidents et abonnés à la suite de bousculades dues à une affluence record. « L’ambiance du lieu et sa quiétude dépendent beaucoup du comportement des maîtres-nageurs sauveteurs, qui en sont le visage, les animateurs, les pacificateurs, rappelle M. Rouleau. Malheureusement, dans certains équipements, ils ne restent pas longtemps et ne sont pas faciles à recruter. »

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