« Les politiques publiques dans la crise » : de 2008 au Covid-19, des chocs révélateurs

Livre. Pourquoi, lorsque survient une crise majeure, des politiques jugées jusqu’ici impensables ou impossibles sont-elles mises en œuvre ? Tandis que d’autres réformes, pourtant jugées indispensables par leurs promoteurs, ne le sont pas ? C’est à ces questions que les articles de ce passionnant ouvrage collectif s’efforcent de répondre en prenant le cas de la période qui, de 2008 à 2011, vit le système financier mondial passer très près de l’écroulement et la zone euro menacée d’éclatement par la crise de la dette. Mais ces enseignements concernent aussi la pandémie que la planète entière affronte actuellement…

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L’analyse des crises est un exercice classique de la science politique ou économique. Les chercheurs se partagent classiquement entre les tenants du « maintien du statu quo » lampédusien (« tout change pour que rien ne change »), et ceux du « changement de paradigme » que permet le choc. Les auteurs proposent de dépasser cette alternative en s’intéressant aux rapports de force, intellectuels et institutionnels, entre les différents groupes sociaux chargés du « pilotage » de la crise – leaders politiques, parlementaires, hauts fonctionnaires, bureaucrates et technocrates, lobbys, syndicats, experts de tout poil, au niveau national et, de plus en plus, au niveau européen et international – et c’est d’ailleurs là une des grandes nouveautés de cette crise.

Nouveaux arrangements institutionnels

Pour que changement il y ait – comme par exemple le basculement de la Banque centrale européenne dans le rachat massif de liquidité, contraire à tous les dogmes antérieurs, ou la mise en place d’un contrôle des grandes banques systémiques (jusqu’à la nationalisation dans le cas britannique), malgré le lobbying effréné des dites banques – il faut en effet que se dessine une coalition politico-academico-institutionnelle afin d’adopter des mesures restées jusqu’ici dans les cartons de projets avortés ou dans les revues académiques. La plupart des réformes adoptées proviennent en réalité de « dynamiques de changement » bien antérieures à la crise, mais que celle-ci débloque soudainement, parfois (mais pas toujours) à la faveur d’alternances politiques.

Il faut aussi pour cela que la crise dure suffisamment longtemps et qu’elle soit suffisamment grave pour laisser le temps et l’occasion à ces coalitions de se former et de triompher avant que le naturel ne revienne au galop. Et plutôt que le résultat d’un affrontement entre « révolutionnaires » porteurs d’un monde nouveau et tenants arc-boutés de l’ordre conservateur, le « changement » est plutôt un compromis dont les effets n’en sont pas moins réels, quoique leur reflet dans le discours public oscille entre l’accusation du « tout ça pour ça » et le soulagement d’avoir résisté aux délires d’utopistes échevelés.

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