Les prévisions économiques du FMI à l’épreuve des pressions politiques

Devant le siège du Fonds monétaire international (FMI), à Washington, le 4 septembre 2018.

L’information tient en quelques lignes, mais elle risque d’écorner la crédibilité du Fonds monétaire international (FMI), au moment où sa patronne, Kristalina Georgieva, est accusée de partialité pour avoir favorisé la Chine dans un classement, lorsqu’elle était directrice générale de la Banque mondiale.

L’Independent Evaluation Office (IEO), le département du FMI chargé d’évaluer ses propres activités, a cherché à comprendre, dans un rapport diffusé le 9 septembre et passé depuis inaperçu, pourquoi ses prévisions de croissance étaient si optimistes pour les pays en crise. Les erreurs d’appréciation ne sont pas que techniques. « Le personnel du Fonds peut être incité à valider des projections de croissance irréalistes, qui permettent de combler des écarts budgétaires et entraîner un avis favorable sur la viabilité de la dette, tout en espérant convaincre les autorités d’avancer sur des réformes difficiles », peut-on lire au chapitre 44.

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Les auteurs du rapport citent quelques exemples, à commencer par la Lettonie, qui a reçu en 2008 une aide de l’institution contre la mise en place d’un plan d’austérité sévère. « Les services du FMI prévoyaient une contraction du PIB comprise entre 6 % et 8 % en 2009, à cause de statistiques indiquant une récession sévère, mais ils ont donné leur accord à un programme prévoyant un recul de 5 %, car les autorités considéraient leurs estimations trop pessimistes », relèvent-ils. Cette année-là, la contraction a finalement atteint… 14 %.

Autre pays, autre crise : la Jamaïque. Les économistes du FMI chargés de négocier un plan d’aide reconnaissent que « les prévisions de croissance à moyen terme étaient probablement trop optimistes ». Ils notent cependant qu’« il aurait été compliqué d’obtenir un soutien national pour un programme dont les projections de croissance à moyen terme étaient encore plus faibles ».

Effets pervers sur le long terme

Pour l’IEO, ces prévisions faussées ne sont pas systématiques : « Dans l’ensemble, les données suggèrent que, dans l’échantillon de pays retenus pour évaluer les programmes du FMI, les taux de croissance effectifs ne sont pas systématiquement plus bas. » Après la publication de ce rapport, Mme Georgieva avait accueilli favorablement ses conclusions, sans toutefois commenter la partie consacrée à l’« optimisme » des prévisions de croissance.

Même si ces données « irréalistes » ne concernent que des pays en crise avec lesquels le FMI a négocié un programme de soutien, c’est la crédibilité de l’institution qui est en jeu. Ses prévisions, très suivies, permettent d’apprécier la viabilité d’une dette ou de définir les contours d’un plan de sauvetage. Elles sont aussi prises en compte pour fixer le taux d’intérêt d’un prêt accordé à un pays en détresse financière.

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