Les questions climatiques au cœur de la mue à venir du port d’Anvers

Un navire à quai dans le port d’Anvers, le 17 janvier 2018.

Jacques Vandermeiren est un patron heureux, mais soucieux. Heureux des performances de son entreprise, le port d’Anvers, poumon de l’économie belge. Il a accru de 12 à 13 % ses parts sur le marché britannique après le Brexit, renoué avec une hausse d’activité (+ 5 %) après la parenthèse du Covid-19 en 2020, et même résisté à la crise mondiale due au manque de conteneurs, avec une hausse de son activité de 1,5 % dans ce secteur depuis le début de 2021. Belles performances dans un monde chamboulé aussi par la paralysie de ports chinois, le blocage, en mars, du canal de Suez ou la généralisation des retards dus, notamment, à la forte augmentation du trafic maritime et à l’engorgement de ports américains ou asiatiques.

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Le directeur du Port of Antwerp – sa dénomination internationale –, un juriste de 58 ans qui a exercé auparavant dans le secteur de l’énergie, a toutefois une série de préoccupations. Et au premier rang de celles-ci le défi climatique, qui l’obligera à se conformer à l’objectif européen d’une réduction de 55 % des émissions en 2030. Ce sera tout sauf évident pour le deuxième port européen – derrière celui de Rotterdam, aux Pays-Bas – où est localisée une gigantesque industrie pétrochimique qui produit annuellement la bagatelle de 18 millions de tonnes de CO2.

Investissement considérable

Il faudra réduire, puis capturer et liquéfier le dioxyde de carbone pour l’expédier vers la Norvège ou le Royaume-Uni, où il sera stocké dans d’anciens gisements gaziers. « La technique existe, mais pas à l’échelle de 9 millions de tonnes », explique M. Vandermeiren. De grandes entreprises (TotalEnergies, Air Liquide, Exxon, BASF, Borealis…) se sont donc associées au port pour étudier un vaste projet qui nécessitera un investissement considérable, avec l’espoir d’un financement du Fonds du Conseil européen de l’innovation, doté de 10 milliards d’euros pour la période 2021-2027.

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Pour l’après 2030, Anvers devrait jouer un rôle-clé dans le projet du premier ministre fédéral, le libéral Alexander De Croo : faire de la Belgique un pays leader dans le domaine de l’hydrogène « vert ». Des entreprises belges, à la recherche de territoires où soleil et vent se conjuguent pour produire une énergie renouvelable, lorgnent sur l’obtention de concessions à Oman et en Egypte.

Dans l’immédiat, c’est dans un tout autre domaine que le port doit agir : le trafic de drogue ne cesse d’y augmenter

Fabriquer de l’hydrogène à partir d’eau et d’électricité issue d’énergies renouvelables, avec une empreinte carbone nulle : « Ça marche, mais le défi, ce sont les volumes et l’importation. Mais nous assumerons », affirme M. Vandermeiren. Qui s’inquiète seulement des risques pour la position concurrentielle des ports européens : « J’ai beaucoup de contacts avec mes homologues asiatiques. Je peux vous assurer qu’ils me regardent avec de grands yeux et un petit sourire quand j’évoque nos projets et nos contraintes. »

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