Les rêves brisés des espoirs du football

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Publié aujourd’hui à 02h18

Le début de l’histoire était parfait. Le parcours de celui dont la vie ne tournait qu’autour du football semblait prometteur. A 6 ans, Carl Delplanque entre à l’ASPTT Nantes. A 11 ans, il intègre le centre de préformation du FC Nantes (FCN), puis son centre de formation. « Une référence en France et en Europe à l’époque. Tout le monde voulait y aller », raconte-t-il, cheveux retenus en chignon et avant-bras couverts de tatouages, assis à une terrasse nantaise en bord de Loire. A 15 ans, il refuse les avances du Stade brestois, intéressé par ce jeune milieu de ­terrain prometteur.

A Nantes, ses co­équipiers de l’époque sont aujour­d’hui bien connus des amateurs de football : Patrice Loko, Reynald Pedros, Christian Karembeu, tous champions de France quelques années plus tard avec le FCN. Le nom de Delplanque, 47 ans, lui, ne dit rien à personne. Car, au terme de cinq ans de formation, le FC Nantes ne lui a proposé aucun contrat professionnel. Ni aucun autre club malgré quelques contacts qui n’ont finalement pas abouti. « A 20 ans, je sors du plus grand des centres de formation et je ne trouve pas de club, même pas en Division 2. »

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S’ensuivent deux ans de chômage et un rebond difficile à Montauban, en Division 4, avant d’arrêter fina­lement le foot à 21 ans. Carl Delplanque devient éducateur et s’investit à fond. « J’avais ce besoin constant de prouver aux autres que je pouvais réussir ailleurs que dans le foot », raconte-t-il. Nommé chef de service à l’Institut thérapeutique éducatif et pédagogique Lamoricière, à Nantes, il enchaîne des semaines de soixante-dix heures.

Carl Delplanque dans le stade Marcel Saupin, dans lequel il a joué pendant ses cinq années de formation en équipe D3 et D4, à Nantes, le 6 octobre 2021.

A 37 ans, victime d’épuisement professionnel, il est soigné quinze jours en hôpital psychiatrique, puis deux autres semaines dans une maison médicalisée. Il arrêtera de travailler pendant six mois. Aujourd’hui, Carl Delplanque se porte bien. Il confie néanmoins que, pendant près de vingt ans, ses nuits ont été hantées par un même cauchemar : « Je suis dans le vestiaire de Nantes. Je vois tous mes ­coéquipiers entrer sur le terrain et moi je me dépêche pour me préparer, mais je suis incapable de faire mes lacets. Le match commence sans moi. »

Un choc psychologique

Chaque année, dans la quarantaine de centres de formation français, une majorité de jeunes footballeurs de 15 à 19 ans voient leur rêve de carrière professionnelle brisé. Aucun chiffre précis n’est donné par les instances du football hexagonal, mais les principaux acteurs s’accordent sur une estimation : au moins 80 % des adolescents en centre de formation ne se voient pas proposer de contrat professionnel à leur sortie. Certains parlent même de 90 %, voire plus.

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