Les salariés d’EY dénoncent une « attaque sans précédent » de leurs droits

Des piétons passent devant les bureaux du cabinet de comptabilité et d’audit EY, anciennement Ernst & Young, à Londres, le 20 novembre 2020.

Tour First, à La Défense, 231 mètres, plus haut gratte-ciel de France. Là-haut, sur la façade vitrée, les lettres « EY », pour Ernst & Young, l’un des « Big Four », ces grands cabinets mondiaux d’audit financier. En bas, une grappe de salariés qui, en ce jeudi 8 juillet, distribuent des tracts à ceux qui entrent dans l’entreprise.

« Les conditions de travail chez EY se durcissent ! » répète Alexandre Picaud, représentant CFTC, en tendant l’imprimé recto verso titré : « Refusez l’abandon des quarante-huit heures hebdomadaires chez EY ! » Un QR code à flasher mène à une pétition en ligne pour dénoncer « une attaque sans précédent » des droits des salariés.

Depuis le 1er juillet, un nouvel accord est entré en vigueur chez EY & Associés. Il a été ratifié par les représentants de la CFE-CGC, syndicat majoritaire dans l’entreprise. Pas par ceux de la CGT qui, avec la CFTC et l’UNSA, ont créé une intersyndicale dès cet hiver pour dénoncer des temps de travail excessifs.

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Dans l’accord, pour les cadres autonomes, il n’y a pas de référence à la limite du temps de travail à quarante-huit heures maximales par semaine, qui est pourtant retenue par la convention collective des experts-comptables et des commissaires aux comptes. « Ils ont donc choisi de déroger à l’accord de branche par un accord d’entreprise moins disant pour les salariés, ce qui est malheureusement permis depuis les ordonnances Macron, explique Marc Verret, délégué syndical CGT. Pour nous, la disparition de la mention des 48 heures comporte un vrai risque pour la santé et la sécurité des salariés. »

Risques accrus pour la santé

Une étude publiée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en 2019 révélait qu’être exposé à un temps de travail prolongé – au moins dix heures par jour cinquante jours par an – était fortement corrélé à la survenue d’accident vasculaire cérébral (AVC) et à un risque accru de maladies cardiovasculaires.

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Dans cette entreprise où l’on est habitué à des pics de travail quand arrive l’époque de la certification des comptes des clients, l’accord pose tout de même quelques bornes. D’abord, l’amplitude journalière, limitée à treize heures pour respecter les onze heures de repos entre deux journées de travail prévues par le code du travail.

Ensuite, des seuils d’alertes. Si le logiciel de planning indique qu’un collaborateur a fait des semaines de plus de cinquante heures plusieurs fois dans le mois, alors « il fera l’objet d’une vigilance », indique l’accord. S’il dépasse au moins deux fois les cinquante-huit heures hebdomadaires, alors « l’équipe Talent » – un collaborateur des ressources humaines (RH) – le contactera pour trouver des solutions. Si la moyenne mensuelle d’heures dépasse les cinquante-huit heures, avec au moins deux semaines au-delà, cela déclenche un « point » entre le salarié et un responsable RH « sur la charge de travail et sur son état de santé » pour « identifier les solutions de planning et d’organisation ».

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