Les Scandinaves refusent de se voir imposer le smic européen

Le gouvernement du Suédois Stefan Lofven, ici le 1er juin à Bruxelles, avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, s’est dit opposé à la directive sur le SMIC européen.

S’il ne parle pas encore d’un « Swexit », Torbjörn Johansson, responsable des accords collectifs auprès de la centrale syndicale suédoise LO, a jeté un sérieux pavé dans la mare le 19 mai. Dans une interview au journal Arbetet, il affirme que les syndicats suédois doivent « commencer à se demander si rejoindre l’Union européenne était une bonne décision ». En cause : le projet de directive européenne sur les salaires minimums.

En Suède, comme au Danemark, ni les syndicats ni le patronat n’en veulent. Ils ont le soutien de l’ensemble de la classe politique, unanime dans son rejet d’un smic réglé par la loi. « Nous sommes, bien sûr, favorables à une Europe sociale et nous sommes convaincus que l’agenda a en ce sens de bonnes intentions. Mais la seule façon pour nous d’accepter cette directive est que nous en soyons complètement exclus », résume Therese Guovelin, vice-présidente de LO.

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Depuis des mois, les partenaires sociaux danois et suédois font campagne contre ce qu’ils considèrent comme une menace à l’égard du modèle économique et social scandinave. Dans les deux pays, il n’y a pas de revenu minimum inscrit dans la loi : le niveau des salaires est régulé dans le cadre des accords collectifs, négociés par les partenaires sociaux, sans intervention politique. En Suède et au Danemark, respectivement 90 % et 80 % des emplois sont couverts par ces accords.

Un douloureux souvenir

Un salaire minimum, imposé par la loi, aurait de graves conséquences, selon Therese Guovelin : « Cela affaiblira forcément notre modèle de négociation paritaire. On risque de voir une intervention croissante de l’Etat qui, selon la directive, doit surveiller son application et faire des rapports à Bruxelles. » Et même si la spécificité du modèle scandinave est reconnue par la Commission européenne, « rien ne garantit une action devant la Cour de justice européenne qui pourra imposer sa décision ».

« L’Union européenne n’a pas à se mêler du niveau des rémunérations dans les Etats membres », Therese Guovelin, vice-présidente du syndicat suédois LO

En Suède, les partenaires sociaux gardent un souvenir douloureux de l’affaire Laval. Le 18 novembre 2007, la Cour de justice européenne avait estimé que le blocus d’un chantier de construction par les syndicats suédois, pour contraindre un entrepreneur letton de signer les négociations collectives, était illégal dans le cadre des règles européennes sur la libre prestation des services. « Nous ne pouvons pas risquer de nous retrouver dans la même situation », constate Gabriella Sebardt, directrice des affaires sociales à la Confédération des industries suédoises.

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