Les sorties cinéma de la semaine : « Compartiment n° 6 », « Les Olympiades », « Albatros », « Les Eternels »

Avec « Les Olympiades », Jacques Audiard raconte un quartier de Paris jamais filmé (ou presque) : les tours du 13e arrondissement.

De Mourmansk au 13e arrondissement de Paris, de Casablanca à la côte normande… Les cinéphiles se voient offrir une grande diversité d’horizons cette semaine.

A ne pas manquer

« Compartiment n° 6 » : deux cœurs en hiver

Accompagnant deux personnages le temps d’un long périple, Compartiment n° 6 se voue exclusivement à la relation indécidable qui, pas à pas, se formule entre eux. Laura (Seidi Haarla), étudiante finlandaise en archéologie à Moscou, entreprend de faire le voyage en train jusqu’à Mourmansk, au-delà du cercle arctique, pour y observer des pétroglyphes (dessins symboliques gravés sur la pierre) vieux de 10 000 ans. Une idée qui à l’origine était celle de sa petite amie Irina (Dinara Drukarova), intellectuelle mondaine qui devait l’y escorter, mais la lâche juste avant de partir. Qu’à cela ne tienne : la jeune femme s’accroche à cet objectif comme à un lien amoureux qu’elle sent se distendre, sans forcément se l’avouer.

La voilà donc lancée dans un trajet de 2 000 kilomètres, à devoir partager sa voiture couchette avec un parfait inconnu. Le sort a voulu que ce soit Ljoha (Yuriy Borisov), jeune homme partant travailler dans les mines du grand Nord, aux manières frustes et ne tardant pas, sous l’effet de la vodka, à proférer toutes sortes d’insanités. Scène après scène, étape par étape, le film scrute comment chacun dépasse sa répugnance initiale, aperçoit quelque chose d’autre dans la présence imposée de son compagnon de cabine. Car ce sont bien deux êtres déplacés qui sont ici amenés à se côtoyer, à fendre l’hiver russe comme une générale glaciation des cœurs. Mathieu Macheret

Film finlandais, allemand, estonien et russe de Juho Kuosmanen. Avec Seidi Haarla, Yuriy Borisov, Dinara Drukarova, Julia Aug (1 h 46).

« Pingouin & Goéland et leurs 500 petits » : Michel Leclerc et la judéité cachée

C’est une histoire que Michel Leclerc se devait de raconter, lui dont les fictions (Le Nom des gens, en 2010, Télé gaucho, en 2012…) tissent ensemble politique et vie intime, dans un va-et-vient qui les rend parfaitement indémêlables. Le documentaire Pingouin & Goéland et leurs 500 enfants ne déroge pas à la règle, esquissant une suite d’allers-retours entre l’histoire de sa mère, Juliette, et l’utopie collective qui a bouleversé sa vie.

Fille de déportés, orpheline dès l’enfance, la mère de Michel Leclerc est recueillie à la Maison d’enfants de Sèvres (Hauts-de-Seine), une institution fondée en 1941 par Roger et Yvonne Hagnauer, deux pacifistes antinazis que tout le monde surnomme « Pingouin » et « Goéland ». Dans un ancien couvent désaffecté, le couple ouvre un lieu qui recueille alors des enfants victimes des restrictions alimentaires. Sous l’impulsion de « Goéland », l’école à la pédagogie alternative évolue pour accueillir des enfants victimes de la guerre. Le couple ne cachait rien et gardait les portes de l’institution grandes ouvertes, les enfants juifs étaient simplement rebaptisés sous des noms qui sonnaient français.

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