Les supermarchés de la seconde chance en plein essor

A Saint-Quay-Perros (Côtes-d’Armor), en Bretagne, la commune est déjà bien pourvue avec un Intermarché, un Lidl et un Grand Frais. Elle vient d’accueillir un supermarché d’un genre nouveau. Avec son logo rouge et vert sur fond noir orné d’un arbre, l’épicerie Nous anti-gaspi a ouvert, mercredi 7 juillet, son dix-septième magasin en France. Saint-Cyr-sur-Loire, qui borde la ville de Tours, aura aussi le sien le 18 août.

Dans les rayons, des produits alimentaires pas tout à fait comme les autres : date limite de consommation courte, boîtes cabossées, paquets de jambon avec des tranches repliées à l’intérieur… Des articles encore bons à consommer mais qui ne passeraient pas les portes d’une grande surface classique. Car la particularité de ce réseau français de magasins est de vendre des produits qui auraient été détruits en raison d’une date limite de péremption ou de présentations ne correspondant pas aux normes du marché.

« 55 % du gaspillage a lieu en amont, chez les producteurs, les maraîchers, les industriels… et 45 % en aval, dans les magasins ou chez les particuliers. » Charles Lottmann

Cette entreprise de l’économie sociale et solidaire, qui a obtenu l’agrément d’« Entreprise solidaire d’utilité sociale » (ESUS) délivré par le gouvernement pour son impact social et environnemental, se veut l’un des maillons antigaspillage de la chaîne alimentaire. D’après l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), 10 millions de tonnes de nourriture seraient gaspillées chaque année en France, pour une valeur marchande de 16 milliards d’euros. « 55 % du gaspillage a lieu en amont, chez les producteurs, les maraîchers, les industriels… et 45 % en aval, dans les magasins ou chez les particuliers », souligne Charles Lottmann, le cofondateur du réseau Nous anti-gaspi.

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Des « colis abîmés »

Là où des sociétés comme Phenix et Too Good to Go, qui ont émergé depuis moins d’une décennie, permettent de sauver une partie des invendus grâce à des « paniers de la dernière chance » ou des dons à des associations, Nous anti-gaspi se positionne au niveau des fabricants et des logisticiens. Avant, donc, que la nourriture n’arrive dans les grandes surfaces.

« Nous avons 77 packs de lait Matin léger (462 bouteilles) à consommer de préférence au 07/08/2021 (…) 414 bouteilles de cidre la Bolée des Korrigans avec une date limite au 02/02/2022. Nous avons aussi 2 palettes de lait de soja (904 bouteilles) à consommer avant le 29/03/2022. Les bouteilles sont propres pour la vente. Pouvez-vous nous faire une offre pour les 6 palettes ? ». Des mails comme celui-ci, émanant d’une société de transport avec photos de la marchandise à l’appui, Charles Lottmann en reçoit quotidiennement. Le transporteur s’est vu refuser sa cargaison par la grande surface qu’il devait livrer pour cause de « palettes penchées, colis écrasés en bas de palette, colis abîmés ». Et son commanditaire ne veut pas reprendre la marchandise.

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