Les surprises de la primaire écologiste

Editorial du « Monde ». Le premier tour de la primaire écologiste a livré, dimanche 19 septembre, son verdict : l’eurodéputé Yannick Jadot a devancé d’une courte tête l’écoféministe Sandrine Rousseau. Le nom de la ou du finaliste sera connu mardi 28 septembre.

A ce stade, tous les ingrédients sont réunis pour transformer en succès démocratique une procédure dont on ne donnait pourtant pas cher. C’est la première surprise. Tour à tour, les autres partis sont en train de renier la primaire.

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Le Parti socialiste, d’abord, qui, contrairement à 2011 et 2016, a renoncé à solliciter les sympathisants de gauche pour choisir son candidat. Cette fois, les seuls adhérents du PS, au demeurant réduits à la portion congrue, seront autorisés à dire s’ils soutiennent ou non la candidature d’Anne Hidalgo, en lice depuis le 12 septembre. Le résultat ne fait guère de doute.

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La direction du parti Les Républicains, embarrassée par le trop-plein de candidats à droite, fait elle aussi tout pour s’épargner l’organisation d’une primaire ouverte, alors que 4 millions d’électeurs s’étaient déplacés en 2016. Cette fois, elle préférerait confier aux seuls adhérents du parti le soin de procéder au départage, sans être d’ailleurs assurée de l’effet de ce vote interne, car les rivaux les plus sérieux, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, ont la particularité de ne plus appartenir à LR.

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Depuis le coup de tonnerre de 2017 qui a conduit à l’élimination de François Fillon et de Benoît Hamon du second tour de la présidentielle, la primaire fait l’objet de deux critiques : son résultat serait biaisé par l’entrisme pratiqué par des électeurs indésirables ; le climat de compétition qu’elle alimente entre les différents compétiteurs rendrait impossible le rassemblement autour du vainqueur.

En se lançant malgré tout dans l’aventure, la direction d’EELV savait qu’elle aurait un troisième handicap à surmonter. Il lui fallait démontrer sa capacité à mobiliser pour crédibiliser l’idée que, cette fois, le finaliste ne serait pas voué à faire de la figuration, comme ce fut le cas d’Eva Joly en 2011, ou ne choisirait pas tout bonnement de s’effacer. C’est ce qu’avait décidé, en 2016, Yannick Jadot lorsque, victorieux d’une primaire limitée à 17 000 inscrits, il s’était rallié au socialiste Benoît Hamon.

Deux conceptions de l’écologie se font face

A l’issue du premier tour, le contrat est rempli, et c’est la deuxième surprise. Le nombre de votants, qui ne dépassait 30 000 au départ, a gonflé au rythme des débats, pour atteindre 122 670, un record chez les écologistes. Les rumeurs d’entrisme de l’extrême droite ne sont pas parvenues à perturber le scrutin ; les débats entre les cinq candidats, très différents les uns des autres, ont été menés de façon courtoise, avec la même volonté de crédibiliser le scrutin. Le suspense a quant à lui tenu jusqu’au bout car, à partir du moment où le corps électoral débordait nettement les frontières du parti, il était impossible de savoir qui sortirait en tête de la compétition.

Seulement 2 733 voix séparent Yannick Jadot de Sandrine Rousseau. Ce score très serré maintient le suspense et oblige les Verts à redoubler de vigilance s’ils veulent réussir l’exercice. Deux conceptions de l’écologie se font face, l’une ouverte, revendiquant la culture de gouvernement, l’autre affirmant sa radicalité.

Il appartient aux finalistes de convaincre sans rompre, en tenant compte, qui plus est, du score plus qu’honorable réalisé par deux perdants, Delphine Batho et Eric Piolle. L’exercice est à la fois périlleux et exaltant car, dans une gauche en miettes, l’épilogue contribuera à déterminer si c’est autour d’une candidature centriste ou d’une proposition radicale que se joue la renaissance de ce camp.

Le Monde