Les tour-opérateurs survivront-ils au remboursement des avoirs des voyageurs ?

Un agence du tour-opérateur TUI fermée, à Paris, le 13 mai 2020.

A qui faire payer les possibles faillites de tour-opérateurs ? A leurs confrères, aux voyageurs ou à l’ensemble des contribuables français ? Voilà l’équation devant laquelle se trouve le gouvernement, bientôt au pied d’un mur de 1,5 milliard d’euros : celui des avoirs des voyagistes. Un mur qui se dressera à la rentrée et pourrait faire plonger des agences et, par ricochet, leur principale caisse de garantie, déjà ruinée par la faillite de la société Thomas Cook.

L’échéance, officiellement, n’inquiète pas l’Etat ; mais sa position attentiste inquiète le secteur, qui craint un effet domino et un accroc durable à sa crédibilité. La menace est née le 23 septembre 2019. Ce jour-là, le britannique Thomas Cook, pionnier de deux siècles de voyages organisés, stupéfait le monde du tourisme en se déclarant en faillite. Quelque 600 000 voyageurs doivent être rapatriés, dont 11 000 clients de la filiale française. L’Association professionnelle de solidarité du tourisme (APST), principale caisse de garantie des voyagistes, dont Thomas Cook, doit indemniser ou organiser le voyage de 41 000 touristes abandonnés.

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A l’inverse des billets d’avion, les voyages organisés ou les « packages » – vol et hébergement, par exemple – sont garantis en cas de défaillance du fournisseur, en vertu d’une directive européenne transposée en France en 2018. L’opération pourrait coûter jusqu’à 42 millions d’euros, dont la moitié n’a pas encore été payée : l’APST attend le coup de sifflet du liquidateur de Thomas Cook, qui devrait selon elle intervenir dans les prochaines semaines. La somme représente près de trois ans de cotisations pour l’association, qui n’avait jamais eu à gérer un sinistre de cette ampleur.

Assistance respiratoire

Facteur aggravant – et preuve, selon ses détracteurs, de sa légèreté : la garantie offerte par Thomas Cook France n’était qu’une caution de la maison mère, jugée inutilisable par les tribunaux britanniques. Et la faillite a eu lieu à l’échéance du contrat de réassurance souscrit par l’APST. AXA, qui devait prendre la suite, a dénoncé le contrat le jour de la faillite de Thomas Cook. Depuis, l’APST ne trouve plus d’assureur pour mutualiser les risques.

Si certains acteurs du tourisme ont bénéficié de l’été 2020 pour remettre leur trésorerie à flot, cela n’a pas été le cas des voyagistes, dont l’activité est restée marginale

La chute du tour-opérateur historique a vidé les réserves accumulées ces dernières années par l’association. La vente de son luxueux siège parisien, à un jet de pierre de l’Arc de triomphe – plus de 20 millions d’euros –, l’absence de sinistre notable en 2020 et la hausse de 30 % des cotisations lui permettront de solder l’affaire Thomas Cook. Mais la vague de faillites nées de la pandémie de Covid-19 reste à venir. Après plusieurs mois d’incertitudes, l’Etat a autorisé l’APST à poursuivre sa mission, malgré l’absence des ratios prudentiels nécessaires.

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