Les trois défis de Yannick Jadot

Editorial du « Monde ». A sept mois de l’élection présidentielle, au terme d’une primaire pleine de suspense, les écologistes ont désigné Yannick Jadot comme candidat. Ce choix est d’autant plus important qu’il n’allait pas de soi : la campagne, riche en débats et en surprises, a fait émerger de nouvelles figures et de multiples radicalités qui n’ont cessé de bousculer le discours plus posé de l’eurodéputé.

L’ancien militant de Greepeace n’a gagné, mardi 28 septembre, qu’avec 51,03 % de voix face à l’écoféministe Sandrine Rousseau, qui était pourtant une quasi-inconnue au début de la consultation. Ce faisant, il remporte de justesse le premier défi qu’il s’était lancé : faire reconnaître par son parti et plus largement par les sympathisants l’ambition qu’il porte d’être « le candidat de l’écologie » pour être un jour « le président du climat ».

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Sa désignation, même d’une courte tête, marque un tournant dans l’histoire de la famille écologiste. Jusqu’à présent, les Verts français étaient davantage enclins à choisir les candidatures de témoignage qu’à affirmer une ambition présidentielle. Méfiance à l’égard du pouvoir national, défiance à l’égard des institutions de la VRépublique, tout concourait à les détourner de l’élection reine jusqu’à ce que l’urgence climatique et la mobilisation croissante des jeunes autour de ce thème changent la donne.

Une « écologie ouverte, majoritaire et joyeuse »

Yannick Jadot s’est mis à y croire, lorsque, tête de liste aux élections européennes de 2019, il a porté les écologistes au rang de troisième force politique derrière le Rassemblement national et le parti présidentiel. Depuis, il trace sa route, persuadé que le projet de gouvernement qu’il défend, à base de régulation écologique et sociale, peut assurer à son camp le leadership sur la gauche gouvernementale. Arguant de l’urgence, mais plaidant pour la décrispation, il se veut le chantre d’une « écologie ouverte, majoritaire et joyeuse », par contraste avec les adeptes de la décroissance, de la planification écologique ou de l’antilibéralisme.

Après la poussée des Verts aux élections municipales de 2020, son élection à la primaire constitue une mauvaise nouvelle pour la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui voit émerger un concurrent sérieux au moment où sa campagne patine. En 2012, Yannick Jadot, adoubé par EELV, s’était désisté en faveur du candidat socialiste, Benoît Hamon. Cette fois, il escompte le contraire. C’est son deuxième défi.

Une synthèse difficile à bâtir

Le troisième qu’il s’est lancé apparaît beaucoup plus aléatoire : il s’agit de déblayer suffisamment le terrain encombré de la gauche pour apparaître comme celui qui peut réellement « challenger » Emmanuel Macron. La faible dynamique dont dispose l’ensemble de ce camp et la prétention de Jean-Luc Mélenchon à en rester le dominant, rendent l’équation impossible, sauf à tabler sur une dévitalisation du leader de la France insoumise. La primaire verte a, de fait, fait surgir une radicalité féministe, incarnée par Sandrine Rousseau, susceptible de lui faire de l’ombre.

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En promettant de rester soudés, malgré leurs différences, les finalistes écologistes vont tenter de prolonger le mouvement qu’ils ont réussi à enclencher tout au long du mois de septembre. Ils savent que le terreau est propice, que les jeunes sont de plus en plus mobilisés, qu’il ne manque pas grand-chose pour qu’ils se lèvent. L’écart est cependant tel entre le projet de gouvernement de Yannick Jadot et les velléités de transformation de Sandrine Rousseau que la synthèse apparaît difficile à bâtir. La gauche n’en a pas fini avec ses divisions.

Le Monde