Les Verts autrichiens, bien acclimatés à la droite dure

Par Jean-Baptiste Chastand

Publié aujourd’hui à 05h00

La ferme est installée dans un de ces paysages autrichiens de carte postale où tout respire l’opulence et l’ordre. L’herbe des prairies est verte et bien taillée. Les maisons sont démesurées et leur bardage typique en bois dans un parfait état. Les rutilantes berlines glissent dans un doux ronronnement sur l’asphalte impeccable, tandis que les cloches des églises résonnent d’une montagne à l’autre, faisant écho à celles des vaches tout juste redescendues de l’alpage.

Au milieu de cette fresque bucolique, la solide bâtisse de Kaspanaze Simma, à Andelsbuch, dans le Vorarlberg, fait presque office de bicoque. Ce paysan fièrement bio – c’est placardé sur la façade de sa ferme – reçoit bottes crottées au pied et béret sur la tête. A 67 ans, ce père de cinq enfants s’occupe avec sa femme de « 5 ou 6 vaches » et de « 8 hectares », sans aucun moyen mécanique autre que son tracteur croulant. Il n’a pas de téléphone portable, pas d’ordinateur, pas de voiture, ne s’est pas fait vacciner et avoue de sérieuses réticences sur l’avortement. « Je suis un adepte de l’économie de subsistance », explique l’agriculteur dans son allemand mâtiné du dialecte typique de l’ouest de l’Autriche.

Un laboratoire de l’écologie politique

Difficile de croire que celui qui nous reçoit dans son salon traditionnel, avec mobilier en bois, statue de la Vierge et gros poêle en fonte, est un des cofondateurs du parti écologiste actuellement le plus puissant d’Europe : les Verts autrichiens. Depuis 2017, un écologiste, Alexander Van der Bellen, est le premier président fédéral Vert de l’histoire du pays. Quant au poste de vice-chancelier, le numéro 2 du gouvernement, il est occupé, depuis 2020, par un autre Vert, Werner Kogler, auxquels s’ajoutent quatre ministres écologistes.

Kaspanaze Simma, agriculteur, possède une ferme à Andelsbuch, dans le Vorarlberg. Ce partisan de la décroisssance, cofondateur du parti des Verts autrichiens, partage les opinions des conservateurs sur l’immigration.

Cette configuration a un prix : une coalition inédite avec le très jeune et très conservateur numéro un du gouvernement, le chancelier Sebastian Kurz. Grand pourfendeur de l’immigration, ce dernier est l’homme politique le plus important et le plus populaire du pays. Ce Wunderkind (« enfant prodige ») de la droite dure autrichienne est arrivé pour la première fois au pouvoir en 2017, sans même avoir fini ses études. Il devenait chancelier à 31 ans, à la tête d’une coalition associant les conservateurs (ÖVP, Parti populaire autrichien) à l’extrême droite (FPÖ, Parti de la liberté d’Autriche).

Un an plus tôt, le FPÖ avait échoué de peu à prendre la présidence en surfant sur la crise des migrants. En 2019, au terme de deux ans pendant lesquels beaucoup se sont inquiétés que l’Autriche glisse vers la Hongrie de Viktor Orbán, cette alliance a explosé à la suite d’un gigantesque scandale de corruption au sein du FPÖ, forçant le jeune chancelier à convoquer de nouvelles élections.

Il vous reste 82.57% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.