« Les vétérinaires ne doivent pas se trouver dans l’impossibilité de soigner les animaux qui leur sont confiés »

Le règlement de l’Union européenne relatif aux médicaments vétérinaires, voté en juin 2019 et qui doit entrer en vigueur en janvier 2022, établit les critères permettant de réserver des antibiotiques à l’usage exclusif de la médecine humaine. Cela se traduit concrètement par une liste d’antibiotiques classés en quatre catégories, liste établie par l’Agence européenne des médicaments (EMA), qui tient compte des avis de l’ensemble des autorités compétentes et de la situation européenne en termes de santé et d’antibiorésistance. Une performance de taille respectant le délicat équilibre entre le bien-être et la santé des animaux et la préservation d’une bonne réponse thérapeutique aux antibiotiques en médecine humaine.

Mais c’était sans compter une objection, formulée sans fondement scientifique par une commission du Parlement européen, et qui pourrait aboutir à l’interdiction d’antibiotiques majeurs en médecine vétérinaire. Conséquence certaine : l’arsenal thérapeutique dont disposent les vétérinaires pour soigner les infections des animaux serait restreint à seulement cinq classes fort anciennes d’antibiotiques ! En d’autres termes, ce sont près d’un tiers des antibiotiques autorisés en France pour les animaux qui disparaîtraient, ramenant alors la médecine vétérinaire au XXe siècle, avec des médicaments inefficaces pour certaines maladies, voire même toxiques pour l’environnement.

En pratique, qu’est-ce que cela veut dire ? Pour mieux réaliser les conséquences d’une telle suppression, regardons ce qu’il en résulterait au quotidien pour les animaux.

Des professionnels démunis

Chez le chien, pour commencer, de nombreuses infections dues à des bactéries résistantes aux antibiotiques « classiques » et qui présentent un risque particulier pour la santé publique ne trouveraient plus de solutions thérapeutiques. Ainsi, un certain nombre de zoonoses (maladies transmissibles à l’homme), telles que la leptospirose, des infections à staphylocoques dorés ou des salmonelloses, deviendraient quasiment impossibles à traiter.

Un chien atteint d’une pyodermite profonde, une grave infection cutanée, fréquente et très douloureuse, verrait ses chances de guérison fortement compromises. Il est facile alors d’imaginer la détresse dans laquelle se trouveraient ses propriétaires, qui assisteraient à la dégradation et à la souffrance de leur animal de compagnie. Et la seule issue que pourraient proposer les vétérinaires, démunis, serait alors l’euthanasie.

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