« Les visages de la précarité alimentaire sont multiples, complexes et évolutifs »

Tribune. On le craignait, le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et les exclusions l’explique dans son dernier rapport (« La Pauvreté démultipliée. Dimensions, processus et réponses », printemps 2020-printemps 2021), la crise sanitaire actuelle aura des effets à long terme sur une situation sociale déjà dégradée. Alors face à ces précarités qui durent, on ne peut que se réjouir que d’autres modèles de solidarité que l’aide alimentaire se développent partout en France, et pour la première fois bénéficient de soutiens publics massifs grâce à France Relance.

En 1985, Coluche lançait les Restos du cœur, « un resto qui aurait comme ambition, au départ, de distribuer deux ou trois mille couverts par jour », une solution qui se voulait temporaire à l’époque. Trente-six ans se sont écoulés depuis, l’aide alimentaire est devenue la réponse principale à la précarité alimentaire : des dons en nature de produits peu chers auxquels on accède temporairement sur prescription sociale. Cette aide alimentaire, distribuée avec l’aide de milliers d’associations locales par quatre grands réseaux, est destinée aux 8 millions de personnes en précarité alimentaire. Un chiffre qui aurait plus que doublé en dix ans.

Alors de quoi se plaint-on ? Les failles de ce système sont maintenant largement connues : dispositif administratif trop complexe, non-recours fréquent, conditions d’accès stigmatisantes, nombreuses « zones blanches », mais aussi mauvaise qualité nutritionnelle des aliments distribués. L’aide alimentaire est donc uniforme et ne s’adapte pas aux besoins des personnes qu’elle prétend « cibler ». Or, les visages de la précarité alimentaire sont multiples, complexes et ont évolué.

Lire le reportage : Les associations d’aide alimentaire face à un « raz de marée de la misère »

Certains auront peut-être découvert, avec surprise, pendant la crise du Covid, que l’Etat français dépend de la comptabilisation des associations pour connaître approximativement le nombre de personnes ayant recours à l’aide alimentaire. La dernière enquête sur le sujet ne concerne que les usagers des réseaux d’aides alimentaires et a dix ans. On y découvre que les inégalités sociales de santé frappent de plein fouet cette population marquée par le surpoids, l’obésité et le diabète.

Problème moral

De nombreuses associations témoignent depuis des années de l’augmentation de fréquentation des travailleurs pauvres et retraités. N’est-il pas temps de leur proposer des solutions pérennes ?

La lutte contre le gaspillage peut-elle devenir un prétexte pour justifier une alimentation à deux vitesses, où une partie de la population doit se contenter des restes de l’autre ?

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