L’Etat de droit, meilleure protection pour les droits LGBT en Europe

Editorial du « Monde ». L’arc-en-ciel est dans toutes les têtes, mais l’orage n’est pas près de se dissiper. Les foudres que se sont attirées, depuis mardi 22 juin, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, puis, par ricochet, l’UEFA, l’organisation qui supervise le championnat de football Euro 2021, à propos des droits des communautés LGBT, montrent à quel point ce sujet cristallise les fractures sociétales intra-européennes.

Le projet de loi adopté le 15 juin par le Parlement hongrois, contrôlé par le parti nationaliste de M. Orban, a provoqué un profond malaise au sein de l’Union européenne. Ce texte, qui prévoit de rendre inaccessibles aux moins de 18 ans les « contenus qui montrent ou encouragent la sexualité en elle-même, le changement de genre ou l’homosexualité », assimile de fait homosexualité, pornographie et pédophilie.

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Dix-sept des vingt-sept Etats membres, dont la France et l’Allemagne, ont signé une déclaration condamnant la loi hongroise et demandant à la Commission européenne de faire respecter le droit. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, leur a emboîté le pas : cette loi, a-t-elle dit, est « une honte (…),  elle va à l’encontre des valeurs fondamentales de l’UE ». La chancelière Angela Merkel l’a à son tour jugée « mauvaise », « incompatible avec [son] idée de la politique ». Une lettre signée de seize chefs d’Etat et de gouvernement, dont Mme Merkel et le président Macron, réaffirmant la défense des droits LGBT, a été rendue publique, jeudi matin, à quelques heures de l’ouverture d’un sommet européen à Bruxelles.

Différences politiques et sociétales

L’affaire s’était entre-temps étendue au monde médiatico-sportif, avec le refus, très contesté, de l’UEFA d’autoriser le stade Allianz Arena de Munich à s’illuminer aux couleurs arc-en-ciel des communautés LGBT, mercredi soir, pour le match Allemagne-Hongrie.

L’ampleur de ces réactions, inattendue, est révélatrice des divergences au sein de l’Union entre pays de l’Ouest et du Nord, aux sociétés libérales, et ceux de l’Europe centrale postcommuniste, où les questions de genre sont plus sensibles. Elles le sont particulièrement dans ceux de ces pays qui sont gouvernés par des partis conservateurs nationalistes – essentiellement la Hongrie et la Pologne –, qui exploitent cette sensibilité pour polariser l’opinion publique et mobiliser leur électorat. Ainsi, le ministre polonais de l’éducation, Przemyslaw Czarnek, a-t-il qualifié d’« insulte à la morale publique » une manifestation en faveur des droits LGBT qui a rassemblé beaucoup de monde, samedi 19, dans les rues de Varsovie.

Ces différences politiques et sociétales ne sont pas nouvelles. Elles sont apparues de manière spectaculaire en 2015 sur la question de la répartition des réfugiés, qui avait durablement fracturé l’Union. M. Orban se veut le héraut d’une Europe attachée à des valeurs chrétiennes conservatrices : libre à lui. Mais, au moment de l’affronter, jeudi, à Bruxelles, les autres dirigeants européens doivent se souvenir que le clivage fondamental est celui de l’Etat de droit.

Certains des Etats qui n’ont pas signé les lettres pro-LGBT, comme la Slovaquie, ne sont pas pour autant en infraction avec l’Etat de droit. A l’inverse, certains Etats signataires, comme le Danemark – qui externalise à l’étranger sa gestion des demandeurs d’asile –, ne sont pas forcément irréprochables sur la question des valeurs. Avec la Hongrie et la Pologne, l’Etat de droit doit rester la ligne rouge fondamentale à faire respecter. C’est la meilleure protection pour les droits de toutes et tous.

Le Monde