« L’Etat du Texas contre Melissa » : une contre-enquête dans les couloirs de la mort aux Etats-Unis

Melissa Elizabeth Lucio, quinquagénaire d’origine latino-américaine, a été condamnée à l’exécution capitale au Texas pour l’infanticide de sa fillette de 2 ans.

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Voici onze ans que Melissa Elizabeth Lucio, quinquagénaire d’origine latino-américaine condamnée à l’exécution capitale pour l’infanticide de sa fillette de 2 ans, croupit dans la prison de Gatesville, au Texas, dans l’attente de la mise en œuvre de cette décision, qui surviendra au terme des appels de la défense. Réalisatrice franco-américaine, Sabrina Van Tassel apporte avec ce documentaire un doute raisonnable sur la culpabilité de cette mère. Le film ne commence pourtant pas très bien pour Melissa. On y voit des interrogatoires de la police relativement accablants pour elle, on y apprend que cette femme vivant dans la pauvreté, mère de quatorze enfants, était sujette à une addiction sévère à la drogue. On y entend des témoins, parfois très proches, qui ne semblent pas l’exempter du faisceau de soupçons qui pèse sur elle.

Il y aurait lieu, a posteriori, d’en vouloir à la réalisatrice de donner de son personnage principal une telle image, alors qu’on découvre que le projet de son film est diamétralement opposé à l’impression qu’il commence par susciter. On imagine, toutefois, qu’une volonté dramaturgique a conduit la réalisatrice à cette mise en scène. Montrer, en un premier temps, les apparences mêmes sur lesquelles s’est fondée la justice à l’endroit de la suspecte pour la condamner, pour mieux démonter, en un second temps, une à une les convictions qui ont guidé cette sentence.

Cela fait onze ans que Melissa Elizabeth Lucio croupit dans la prison de Gatesville, au Texas, dans l’attente de la mise en œuvre de sa condamnation à la peine de mort.

Car c’est bien à la démonstration de la fragilité de l’accusation et à la nécessité consécutive de remise en cause que travaille ce documentaire, qui résulte d’un vrai travail d’investigation. Un faisceau de témoignages recueillis par la réalisatrice rend, en effet, la décision de la justice texane hâtive, pour ne pas dire, à la suite du film, qui n’hésite pas à ouvrir cette perspective, suspecte de préjugés racistes et sociaux.

Sources diverses

Ces arguments sont d’autant plus convaincants qu’ils proviennent de sources diverses. Celle de la famille, bien sûr, dont la plupart des membres, en premier lieu les enfants de Melissa, rappellent la gentillesse et la pondération de leur mère. Celle de l’avocate de l’accusée, qui démontre combien la procédure a été orientée et rappelle que le jour de la mort de l’enfant sa mère ne s’est à aucun moment retrouvée seule avec elle.

La réalisatrice produit également une hypothèse crédible à la mort de la fillette, qui existe, aussi stupéfiante soit-elle

D’autres paroles encore, confondantes car émanant de personnes extérieures à l’environnement immédiat. Celle du médecin légiste qui invalide les conclusions de ses prédécesseurs sur la cause de la mort. Celle du psychologue expert qui exclut que le profil de Melissa soit celui d’une infanticide. Ou, a contrario, le témoignage accablant, pétri d’une idéologie suspecte, du premier avocat de Melissa, commis d’office, qui lui a conseillé d’avouer une culpabilité qu’elle nie et qui a bloqué sciemment la démonstration d’une preuve qui disculpait sa cliente.

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