« L’Eté sans retour », de Giuseppe Santoliquido : disparition inquiétante en Basilicate

Dans la région de Potenza, en Basilicate (Italie).

« L’Eté sans retour », de Giuseppe Santoliquido, Gallimard, 272 p., 20 €, numérique 15 €.

Bienvenue à Ravina, village directement sorti de l’imagination de l’auteur, mais comme on en trouve beaucoup en Basilicate, cette région montagneuse nichée entre la Calabre et les Pouilles. C’est dans cette terre à la fois âpre et lumineuse, vidée de ses habitants partis trouver fortune à la ville ou à l’étranger, que survient un drame le soir de la fête annuelle, la frisella. Chiara, une belle et exubérante adolescente, la nièce d’une des personnalités locales, Serrai, disparaît.

Un village italien à l’écart des circuits touristiques, une disparition inquiétante, une communauté qui bouillonne de haines recuites… On pourrait avoir affaire là aux ingrédients idéaux d’un thriller à lire sur la plage. Si Giuseppe Santoliquido maîtrise l’art du suspense, L’Eté sans retour est bien plus que cela. Il jongle habilement avec les registres, en mêlant roman noir, chronique d’une région « dont on dit (…) qu’elle est un peu comme Dieu lui-même, réelle et imaginaire, ne se laissant ni facilement décrire ni atteindre par le temps », et radiographie balzacienne d’une société rurale déchirée par les rivalités, la bêtise et les médisances.

Par des sentiers sinueux

L’auteur, qui écrit en français et vit en Belgique, dessine des personnages d’une épaisseur peu commune, étonne par son sens de la nuance, ménage des moments d’envolées au lyrisme puissant. De ce portrait de groupe, un homme émerge : Pasquale Serrai, que « tout le monde appelait Serrai, uniquement Serrai, en insistant sur la dernière syllabe, comme vous échappe un long cri de douleur ». Ce paysan ombrageux, sauvage et fier, qui voue sa vie à ses champs, ses vignes et ses bêtes, finit par s’accuser du meurtre de Chiara. La communauté se déchire, faisant remonter à la surface des siècles de secrets et de rancœurs tandis que la télévision fait son miel de la catastrophe, transformant la douleur d’une famille en spectacle à large audience.

Serrai est-il un saint, est-il un monstre ? Le plus important dans ce beau roman n’est pas la résolution du mystère, mais plutôt les chemins que l’auteur emprunte pour conter cette histoire. La narration est portée par Sandro, un proche de la famille, recueilli par Serrai après la mort accidentelle de ses parents. Le jeune homme, mis au ban pour son homosexualité, conduit le récit par des sentiers sinueux comme l’âme des hommes : « Nous ne sommes qu’ombres et doubles-fonds, qu’écheveaux à débrouiller. » Fouiller au plus profond de la noirceur et faire jaillir l’humanité qui persiste malgré tout, c’est le tour de force que réussit cet intense Eté sans retour.

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