L’étiquetage de l’origine France des produits agroalimentaires est menacé

Au rayon crémerie, le beurre Président est en bonne place. La marque-phare du groupe Lactalis est une référence. Mais d’où vient la matière première de ce produit qualifié de « gastronomique » sur son emballage ? Un consommateur curieux sera tenté de regarder au verso. Si une cocarde tricolore est bien imprimée sur le paquet, elle est seulement accompagnée d’un message « Entreprise familiale française ». Une définition « maison » pour un géant mondial pesant 21 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Les plus attentifs tenteront de déchiffrer la liste des ingrédients et liront « fabriqué en France avec crème origine UE [Union européenne] ». La matière première du beurre Président n’est donc pas d’origine France. Elle provient d’un pays européen non précisé.

Le sujet de l’étiquetage de l’origine France des produits agroalimentaires, très sensible aux yeux des consommateurs, est d’actualité. Il devrait être débattu par les députés, jeudi 24 et vendredi 25 juin, dans le cadre de la proposition de loi (PPL) du député Grégory Besson-Moreau (LRM), dite « EGalim 2 ». Son objectif premier est de veiller à une meilleure rémunération des agriculteurs, en rééquilibrant les relations commerciales entre les différents acteurs de la chaîne alimentaire. Dans ce texte, censé renforcer la loi EGalim de 2018, l’article 4 se penche sur la question de l’étiquetage.

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Initialement, il affirmait que, « par principe, l’indication du pays d’origine est obligatoire pour les produits agricoles et alimentaires pour lesquels il existe un lien avéré entre certaines de leurs propriétés et leur origine ». Une rédaction qui laisse très perplexe Olivier Andrault, membre de l’association de consommateurs UFC-Que choisir : « L’article décrète une obligation en trompe-l’œil. On introduit de manière très habile l’obligation de l’indication du pays d’origine, mais on ajoute une condition impossible à remplir. C’est un retour en arrière par rapport au texte actuel. »

« Une compétence de l’Union européenne »

La PPL retranscrit en fait le règlement européen actuellement en vigueur. M. Besson-Moreau le revendique d’ailleurs : « L’étiquetage est une compétence de l’UE. Ce n’est pas du droit français. Nous sommes dans un marché commun. Un produit doit avoir une spécificité, une qualité pour se voir imposer l’origine France. Vous n’avez pas la possibilité de le faire sur un produit de base. »

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