« L’étiquetage des pots de miel est englué »

À Banon (Alpes-de-Haute-Provence ), le 25 juin 2020.

Matières premières. Les apiculteurs sont piqués au vif. Et leur colère vrombit comme un essaim d’abeilles en plein vol. L’objet de leur courroux : l’apparent manque de volonté du gouvernement de faire appliquer la loi. Officiellement, à compter du 1er janvier 2021, l’étiquetage des pots de miel devait enfin indiquer les pays d’origine du nectar, classés par ordre d’importance. Or, en ce début de mois de juin, il n’en est rien. Aujourd’hui, seule la mention, très elliptique, « UE » ou « non UE » est en vigueur.

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Pourtant, l’obligation d’être plus explicite a été votée dans le cadre de la loi EGalim (issue des Etats généraux de l’alimentation) adoptée en 2018. Depuis, même si l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), qui fédère 20 000 apiculteurs professionnels, ne cesse d’aiguillonner le gouvernement, la mesure est restée lettre morte. Retoquée une première fois pour vice de forme, elle a réapparu dans le cadre de la loi relative à la transparence de l’information sur les produits agricoles et alimentaires, promulguée en juin 2020. Cependant, le décret n’a toujours pas été publié.

Aucune visibilité sur le plan de protection des pollinisateurs

Le sujet est loin d’être anodin. En effet, pour satisfaire la gourmandise des Français, les volumes de miel importés croissent continûment. Selon l’UNAF, ils auraient atteint 35 000 tonnes en 2020, pour une consommation totale de 40 000 tonnes. Il est vrai que le butin des butineuses tricolores avait été réduit à la portion congrue en 2019, à près de 9 000 tonnes. Heureusement, le feuilleton météorologique s’est mieux déroulé en 2020, et la production a repris du poil de l’abeille, avec une estimation comprise entre 18 000 et 20 000 tonnes.

Au début de 2021, les apiculteurs ont eu le bourdon. Gel, pluie et vent ont perturbé le travail des abeilles. Elles ont eu moins de nectar de colza ou d’acacia à se mettre sous la trompe. Pas sûr, dans ces conditions, que la récolte de miel soit plantureuse cette année. Autre motif d’inquiétude : ils affirment n’avoir aucune visibilité sur le plan de protection des pollinisateurs promis par le ministre de l’agriculture, Julien Denormandie, en août 2020.

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Ce plan avait été annoncé au moment même où le gouvernement donnait le feu vert à la réautorisation, jusqu’en 2023, de l’usage des néonicotinoïdes pour la culture de la betterave touchée par la jaunisse. L’interdiction de ces insecticides mettant en danger les pollinisateurs a, par ailleurs, été confirmée à Bruxelles. La Cour de justice de l’Union européenne a rejeté, début mai, le recours de la société Bayer. De quoi redonner des ailes aux abeilles…