L’Europe se divise sur l’élargissement du marché du carbone

L’Union européenne (UE) se veut à la pointe de la lutte contre le réchauffement climatique, et c’est vrai qu’elle est, pour l’instant, en avance sur les autres continents. Après avoir signé l’accord de Paris de 2015, elle a inscrit dans le marbre, au terme de débats parfois homériques entre les Vingt-Sept, son objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050 et, pour y parvenir, de réduire d’au moins 55 % ses émissions de CO2 d’ici à 2030 (par rapport à 1990). Il s’agit désormais de donner corps à cette ambition – une cinquantaine de textes législatifs devront être adoptés – et, compte tenu des intérêts en jeu – économiques et sociaux –, ce ne sera pas chose aisée.

L’une des bagarres les plus virulentes qui s’annoncent entre les Européens concerne le nouveau marché du carbone pour les fournisseurs de carburants et de combustibles au transport routier et aux bâtiments (chauffage et froid), dont la Commission a proposé la création à partir de 2026. Sa mise en place touchera directement les consommateurs au porte-monnaie, à la pompe ou sur leur facture d’électricité, et certains pays s’inquiètent déjà qu’aux quatre coins du continent, des « gilets jaunes » manifestent leur colère.

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Il existe déjà un marché du carbone (Emissions Trading System, ETS) au sein de l’UE. Mais celui-ci ne concerne que les industries les plus polluantes, qui sont responsables de 40 % des émissions de CO2. Depuis 2005, les producteurs d’électricité, l’aviation commerciale au sein de l’UE et les industries énergo-intensives comme les raffineries de pétrole, la sidérurgie ou les cimentiers y achètent des quotas de CO2, qui sont des droits à polluer, en vertu du principe pollueur-payeur. Mais, jusqu’ici, il n’a pas totalement fait ses preuves. « Seul le secteur de l’électricité a entamé sa décarbonation, les autres, qui bénéficient d’allocations gratuites, n’ont pas vraiment été incités à le faire », estime Geneviève Pons, directrice générale du think tank Europe-Jacques Delors, à Bruxelles.

« Berlin a à cœur de ménager son industrie »

Aujourd’hui, la Commission veut passer à la vitesse supérieure et a présenté son plan de bataille le 14 juillet, qui doit encore faire l’objet de négociations avec le Parlement européen et les Etats membres. Elle propose d’abord d’inclure dans l’ETS actuel le secteur maritime et de mettre ce marché sous tension – à partir de 2023, le nombre de permis à polluer et de quotas gratuits sera progressivement réduit –, afin de faire monter le prix de la tonne de CO2 et d’inciter les industriels à faire leur transition. En parallèle, elle juge nécessaire d’installer un second marché du carbone, adapté aux secteurs du bâtiment et du transport. « Les bâtiments pèsent pour 40 % de la consommation d’énergie et les émissions du transport routier ne cessent de gonfler, il faut à tout prix inverser la tendance », a expliqué, à plusieurs reprises, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission.

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