Levées de fonds, soutien public… La French Tech prend le virage de l’industrie

Le 1er octobre, la société de biotechnologie française Afyren a fait son entrée en Bourse à Paris. Grâce à cette opération, elle a levé 66,5 millions d’euros. Une étape majeure pour cette entreprise fondée en 2012, et qui s’apprête à ouvrir sa première usine en 2022, où elle produira, de manière industrielle, ses molécules biosourcées, utilisées notamment pour l’alimentation, les cosmétiques et la chimie.

C’est une bonne nouvelle pour l’exécutif, qui a décidé de faire désormais du soutien aux start-up industrielles une priorité. Alors que les efforts du gouvernement ont fait émerger des firmes prospères, surtout dans le domaine du logiciel, les jeunes pousses à caractère industriel sont les parents pauvres des dispositifs de soutien public.

Or, leur poids est non négligeable dans l’écosystème. Il en existe 1 500, ce qui représente un sixième de l’ensemble des start-up de l’Hexagone. Elles sont une quinzaine à figurer dans le « French Tech 120 », le palmarès des sociétés les plus prometteuses. D’Ynsect à Afyren, en passant par Innovafeed, Aledia ou Exotec, nombreuses sont celles qui ont fait leurs preuves. En revanche, parmi toutes les licornes françaises (les entreprises valorisées à plus de 1 milliard de dollars, soit 854 millions d’euros), une seule – Ledger, spécialisée dans la sécurisation de cryptoactifs – dispose d’un outil industriel.

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A maints égards, le parcours obligé de ces sociétés diffère de celles du numérique. On est loin du succès express de Sorare. Après à peine trois ans d’existence, la société de vignettes à collectionner virtuelles, a levé, mardi 21 septembre, 580 millions de dollars, la valorisant à 4,3 milliards de dollars.

« Ça n’a jamais été facile de trouver des fonds »

Pour réussir dans l’industrie, les obstacles sont autrement plus élevés, surtout pour se financer. Toutes les entreprises qui ont montré la voie évoquent un parcours délicat jusqu’à l’ouverture de leur première usine. Romain Moulin, cofondateur d’Exotec – qui produit des robots pour entrepôts –, se souvient du « défi » qu’il fallait relever pour aller chercher des fonds lors des débuts de l’entreprise. « On avait juste un petit modèle de robot à présenter et un PowerPoint. »

Les porteurs de projets à dimension industrielle ont longtemps reçu un accueil circonspect, sinon froid, de la part des fonds de capital-risque en France. « Les investisseurs traditionnels s’attendent à un retour sur investissement en cinq à sept ans », alors que les temps de l’industrie sont plus longs, remarque Antoine Hubert, le patron d’Ynsect, qui produit des ingrédients pour la nourriture animale à base d’insectes. Leur réticence est également liée au montant en jeu dans ce type d’opération. Il faut financer toute la période de recherche et développement, la création d’un premier démonstrateur pour valider la capacité d’industrialisation, une usine pilote, puis, enfin, bâtir la première usine.

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