« L’Evénement », d’Audrey Diwan, un film sur l’avortement, remporte le Lion d’or à Venise

La réalisatrice française Audrey Diwan pose avec le Lion d’or reçu pour son film « L’Evénement », à la Mostra de Venise, le 11 septembre 2021.

Un Lion d’or, c’est un Lion d’or, peu importe qu’il soit attribué à un homme ou une femme. Mais on sait bien que l’impact n’est pas le même lorsque la prestigieuse récompense est attribuée à une réalisatrice, jeune de surcroît. Parce qu’on n’a pas l’habitude.

Ce fut donc une déferlante, samedi soir 11 septembre, lorsque le président du jury de la 78e édition de la Mostra de Venise, le cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho, décerna le Lion d’or à une cinéaste peu connue, Audrey Diwan, née en 1980, réalisatrice de L’Evénement, un film sur l’avortement – il est adapté du roman éponyme et autobiographique d’Annie Ernaux, paru en 2000 chez Gallimard.

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On ne dira pas qu’il s’agit d’un Lion d’or féministe. Car, au-delà de son sujet, L’Evénement a cette forme simple et radicale – sorte de journal filmé, au cadrage serré – qui fait l’étoffe des grands films, pour peu que l’actrice principale y soit exceptionnelle. C’est le cas de la comédienne franco-roumaine Anamaria Vartolomei.

Résister face au qu’en-dira-t-on

On ne quitte pas Anne, une étudiante en lettres, qui se retrouve enceinte au début des années 1960. Issue d’un milieu modeste et décidée à ne pas « finir » femme au foyer, elle cherche désespérément à mettre un terme à sa grossesse, alors que l’avortement est interdit en France (il sera légalisé en 1975 avec la loi Veil). Anne veut trouver le courage d’en parler – mais à qui ? ; elle doit tenir bon, ne pas craquer. C’est la capacité de la jeune femme à « avaler » sa douleur, en silence, qui bouleverse. Ou à résister face au qu’en-dira-t-on.

Ce drame cru et atmosphérique privilégie le hors-champ pour faire sentir le calvaire du personnage. L’Evénement tend vers le film de genre, l’embryon devenant une sorte d’alien dans le ventre – la scène de l’avortement clandestin a déclenché un malaise lors d’une projection à laquelle nous assistions, dans la soirée du dimanche 5 septembre. Distribué par Wild Bunch, le film devrait sortir en salle le 2 février 2022.

Ecrivaine et scénariste – elle a coécrit Bac Nord avec le réalisateur Cédric Jimenez –, Audrey Diwan était émue jusqu’aux larmes en recevant son prix. La cinéaste a simplement brandi la statuette, durant une minute qui a paru bien longue, avant d’adresser les remerciements de circonstances et d’appeler sur scène Anamaria Vartolomei, le regard bleu humide. « Tu portes le film et c’est notre victoire », a déclaré la cinéaste, qui a fabriqué ce long-métrage avec « colère » et « désir ». Parce qu’il se trouve toujours un Etat dans le monde pour fragiliser le droit à l’avortement, durement acquis. On avance de trois cases, puis on recule de deux.

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